| La France et la démocratie au Niger : au-delà des discours |
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| Écrit par YAOU. (Le Canard déchaîné N°409 du 4 janvier 2009) |
| Lundi, 04 Janvier 2010 17:00 |
Le 18 décembre dernier, alors que le monde entier prenait des mesures de rétorsion contre Tandja dont le pouvoir devenait illégal et illégitime à partir du 22 décembre 2009, Nicolas Sarkozy, le Président français, n’a rien trouvé de mieux que de transmettre un message de …soutien à l’intéressé, soigneusement enrobé dans un voeu de le voir s’engager dans une négociation avec toute la classe politique. Formule classique et bien équilibrée qui permet à une France gaulliste qui revient au galop de cacher son jeu mi-figue mi-raisin. Car, en transmettant ce message à Mamadou Tandja pour saluer l’anniversaire d’une République qui n’existe plus, en partie par sa faute, lui dont la main a armé Tandja un soir du 27 Mars 2009, Sarkozy perpétue une tradition respectée et honorée par ses prédécesseurs. Sous le manteau ample de l’Union européenne, la France s’incline et accepte, sûrement à son corps défendant, devant l’impératif de défense et de promotion des principes démocratiques et des droits de l’homme, particulièrement les accords additionnels de Cotonou en ce qui concerne le cas du Niger. Mais, la France, c’est ce pays qui n’arrive pas encore à sortir de ses contradictions, d’une part profondément attachée à la construction d’une Europe unie et prospère, ange gardien de la démocratie ; d’autre part incapable de dépassement pour laisser se développer et soutenir les processus démocratiques, véritables germes d’une émancipation certaine des anciennes colonies vis-à-vis de l’ancienne métropole.
Car la négation des droits humains et démocratiques n’est rien d’autre que l’autre corne jumelle de l’analphabétisme et de l’ignorance. Pour vous y rendre compte, imaginez un tout petit peu tout ce que les populations nigériennes ont appris et mieux appréhendé depuis 1990. Je ne saurais le dire avec précision, mais c’est immense. Rien que par l’exercice de la liberté d’expression et de la presse, les hommes et les femmes ne font pas que s’informer uniquement, ils se forment. C’est donc apparemment cette dynamique de formation et de conscientisation, grâce à une pratique démocratique qui se raffermit davantage avec le temps, qu’il faut briser dans son élan. La rétrospective des trois années de pouvoir de Nicolas Sarkozy permet aisément de comprendre cette marche en arrière entamée par le successeur de Jacques Chirac. Une véritable déception pour tous ces Français et africains francophones qui, emportés par la force torrentielle des promesses de campagne du candidat Sarkozy, ont niaisement cru que l’homme allait effectivement mettre fin à cet anachronisme de mauvais augure pour la France qui consiste à vouloir d’une francophonie forte tout en maintenant la majorité de ses membres dans une situation d’assistés éternels. Cette France-là est celle que nous avons toujours connue, jouant avec le destin des peuples, incapable de se remettre en cause et ayant bonne conscience, quoi qu’il advienne. La France ne se rend pas compte, et c’est dommage, qu’elle ne peut éternellement supporter le poids immense de la francophonie, avec tout ce que cela représente en termes de développement et d’aspirations légitimes des populations Il est vrai que l’Union européenne est une sérieuse carapace, mais elle n’efface pas les rapports de force internes entre membres de l’Union. Je me souviens ainsi de ce dialogue presque surréaliste que j’ai eu avec cette Française, probablement trop jeune et ignorante de ce qu’est réellement son pays. Cette jeune Française était convaincue de la détermination de Nicolas Sarkozy à démanteler les bases militaires françaises en Afrique, à réviser les accords économiques et même monétaires avec les anciennes colonies, bref à mettre fin aux pratiques et à l’idéologie portant la marque d’un certain Foccart et qui ont tant entaché l’image de marque de la France. Je répondais à cette jeune Française que la réponse à ses envolées lyriques se trouvait dans le temps et qu’elle avait beaucoup à apprendre de la réalité des relations franco-africaines. Le temps m’a donné raison et je n’en suis pas surpris du tout. Sous l’initiation et le discours dissuasif d’un certain Claude Guéant, auteur du tristement célèbre discours de Dakar délivré par le Président français, Nicolas Sarkozy n’a pas mis longtemps à se mettre au pas, rapidement converti par son gourou. Les Africains ? « Ils ne sont encore entrés dans l’Histoire ? ». Un discours qui tire ses racines et son inspiration de vieilles et détestables thèses que nous taisons volontiers ici. Un discours qui rejoint une tout autant célèbre déclaration d’un certain Jacques Chirac qui prétendait, sans sourire, que « l’Afrique n’était pas prête pour la démocratie ». Si le prédécesseur de Nicolas Sarkozy voulait supposer qu’il aurait fallu attendre que tous les africains aient appris à lire et à écrire pour proclamer et installer la démocratie, il nous est facile de rétorquer à l’ancien maire de Paris et à tous ceux qui sont dans ce sillage que la France actuelle compte encore des millions d’illettrés (trois millions selon certaines statistiques). Imaginez combien ils étaient, il y a seulement un demi-siècle. IL est donc absurde de soutenir que la démocratie est un luxe pour nos pays, même lorsqu’il s’agit d’y opposer la question cruciale du pain. Au contraire ! Cette théorie n’est incarnée que par des hommes qui n’ont visiblement rien compris aux dynamiques qui prévalent actuellement dans nos pays, particulièrement aux aspirations démocratiques de peuples meurtris et martyrisés avec la complicité et le soutien à peine voilés d’une certaine France. Nicolas Sarkozy est ainsi venu à Niamey pour quelques heures, juste le temps de donner à Mamadou Tandja la bénédiction dont il avait besoin pour violer la Constitution et se maintenir au pouvoir. Et toujours ces phrases bien enroulées qui ne disent jamais exactement ce que l’on pense et qu’il faut savoir décortiquer pour trouver la position réelle des auteurs. Examinez le message transmis à Mamadou Tanja par le Président français. En même temps qu’il réaffirme entre les lignes le soutien ferme de Paris dans cette remise en cause de la démocratie au Niger, le message appelait le destinataire à privilégier le dialogue et la recherche consensuelle de solutions de sortie de crise avec toute la classe politique. C’est exactement l’histoire rocambolesque de « l’individu qui met le feu, qui joue ensuite au pompier pour pouvoir enfin monnayer son intervention », comme dirait le colonel Moussa Keita de la junte guinéenne. L’appel au dialogue et au respect des engagements pris devant l’Union européenne ne pouvait pas ne pas figurer dans ce message. C’est le gage et la signature du comportement solidaire avec les autres membres de l’Union européenne. Mamadou Tanja, lui, sait qu’il peut continuer à afficher le sourire et à narguer le peuple nigérien. La France peut nuire au Niger. Cependant, elle peut être certaine que personne dans ce vaste pays ne se trompe sur sa position dans le drame nigérien. La preuve ? Comparez le discours et le ton de la France en ce qui concerne la Guinée, la hargne avec laquelle, tous gants diplomatiques jetés, son ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, clame la position intransigeante de son pays depuis les évènements dramatiques du 28 septembre 2009. En réalité, cette France-là est celle que nous avons toujours connue, jouant avec le destin des peuples, incapable de se remettre en cause et ayant bonne conscience, quoi qu’il advienne. La France restera toujours la France, incapable de comprendre qu’elle s’amuse à détruire ses propres forces A bien observer, ce que Mamadou Tandja a fait au Niger n’est pas le fait du hasard. Il s’inscrit en vérité dans un processus de dislocation des acquis démocratiques dans les anciennes colonies de la France. Regardez autour de vous. En Côte d’Ivoire, Laurent Gbagbo, qui n’est pas encore réélu, mais qui est persuadé par des sondages effectués par des instituts français et sur lesquels l’on a beaucoup gaussé, d’arriver en tête au premier tour, a affirmé d’ores et déjà son intention de modifier la constitution et de créer un sénat. Il y a juste quelques jours, le même Laurent Gbagbo a déclaré que la France était derrière la tentative de coup d’Etat contre son pouvoir en 2003. Peut-être une façon pour lui et Sarkozy de régler le compte à cet adversaire (ennemi ?) commun qui a pour nom Jacques Chirac. Au Mali voisin, Amadou Toumani Touré a dit qu’il ne le ferait pas, qu’il a déjà démontré qu’il savait quitter le pouvoir et qu’il était pressé de retourner à une vie ordinaire et simple. Toutefois, des signes de culte de la personnalité, symbolisés par des portraits géants de l’homme dans les rues de Bamako, font naître des inquiétudes légitimes. Un homme qui tend vers la sortie n’a pas besoin d’une telle propagande. Au Tchad, la pendule est réglée depuis belle lurette. Sauvé in extremis par l’armée française d’une chute certaine, après lui avoir probablement fait accepter certaines conditions, Idriss Déby a désormais le droit de se présenter à l’élection présidentielle autant de fois qu’il le désire. Au Cameroun, c’est pareil puisque l’homme fort de Yaoundé a pris son peuple de vitesse en faisant adopter la révision nécessaire trois ans avant l’heure. Au Gabon, Ali Bongo, fils du défunt président, lui-même installé au pouvoir par les soins de Paris, a réussi le tour de force de se faire élire et de remplacer ainsi son père. Exactement comme dans un royaume. Bref, les perspectives ne sont pas bonnes pour la démocratie en Afrique francophone. Nous voudrions bien penser que nous avons tort de développer une telle réflexion parce qu’elle ne correspondrait à aucune réalité. Mais, nous craignons également d’avoir raison, tant il est vrai que l’enjeu est vital pour nos pays. Nous pensons que ce jeu trouble de la France sur une question sur laquelle elle ne devrait pas transiger pour des raisons évidentes d’histoire, de culture et de valeurs qui lui sont chères, doit impérativement cesser. Le cycle d’instabilités sociales et politiques auquel aboutissent ces soutiens iniques, ne peuvent que conforter tous ceux qui auraient pu douter que l’Afrique n’est pas prête pour la démocratie. Rien de plus. La France pense gagner dans ces manipulations dangereuses. Pourtant, nous y voyons, nous, les germes de l’affaiblissement d’une France qui perd un à un tous les moyens de son leadership. Par manque de réalisme, de remise en cause et de hauteur dans l’appréciation de ses relations avec ses anciennes colonies. Mais nous savons que nous perdons notre temps, notre énergie et notre salive. La France restera toujours la France, incapable de comprendre qu’elle s’amuse à détruire ses propres forces.
Commentaires (12)
![]() 1 2 Par Fanta, janvier 04, 2010
On appelle l'attitude de la France est du politiquement correct
Je discutais avec un philanthrope français qui a roulé sa bosse dans les salons de nos dirigeants africains, il m'a dit le problème de l'Afrique ce sont ses dirigeants, aucun ne refuse de cadeaux des blancs, qlq part ils devront tjs aux blancs et le blanc prend tjs plus gros et c'est pr cela que les blancs c*ntinueront tjs à les mener en bateau et ne les laisseront pas indépendants La faute n'est pas à la France mais à Tandja et sa clicaille. ce tazartché(bonus) n'est que l'entrée, le plat de résistance c'est de rester à vie, le dessert qu'un des fils Tandja prenne le pv après sa mort comme au Gabon 1 2
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