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La lettre de TamTamDémographie et développement au Niger : Paradoxe ou illusions d’optique

Démographie et développement au Niger : Paradoxe ou illusions d’optique

La démographie est-elle systématiquement négative pour le développement d’un pays comme le Niger. Aucune étude sérieuse ne le démontre. En Afrique, il n’y a pas de politique de population qui est définie et exécutée à l’échelle de tout le continent. Particulièrement le cas du Niger est une heureuse exception à la règle. Le taux de fécondité de 7 enfants par femme et la croissance de la population de près 4% , loin d’être un frein, constituent des atouts à exploiter. Il est tout erroné et disproportionné de comparer la qualité du niveau de vie d’une population d’un pays industrialisé par celui d’une population d’un pays en voie de développement. La logique voudrait bien que la comparaison soit faite entre des pays en voie de développement.

Cette analyse de M. Kiari Liman Tinguiri que nous vous proposons de lire met à nu les différentes facettes d’un même phénomène et ses impacts sur le développement socioéconomique des populations.

Dans une tribune publiée Jeune Afrique, Professeur Alzouma Gado, anthropologue et universitaire, soutient qu’il y aurait un paradoxe dans l’analyse de la relation entre croissance démographique et développement au Niger qui aurait échappé à tous ceux qui s’expriment sur la question. II convoque, pour débusquer ce paradoxe, quelques chiffres [2] , sensés montrer, voire démontrer, que la croissance démographique du Niger, loin d’être un frein ou un handicap pour développement économique, serait en réalité la meilleure chose qui soit arrivée à ce pays. En effet, grâce à elle ou malgré elle, on scolariserait plus, on vivrait plus longtemps et on serait moins pauvre.

L’article commence par des références à la démographie de l’Afrique entière. II n’y a pas, à ce jour, à ma connaissance, une politique de population qui se définit et s’exécute à l’échelle du continent. Des efforts de convergence politique, et plus récemment, de stratégie économique par la recherche de consensus sur des secteurs et des investissements structurants sont en cours depuis la création du NEPAD, et il faut les saluer.

Des jeunes s’investissent dans nos différents pays, pour entretenir la flamme d’une espérance africaine, allumée par les “pères fondateurs”, comme Kwame Nkrumah et d’autres, et il faut les encourager à persévérer. Mais les politiques de développement économique et social, dont font partie les politiques de population, se font au niveau des états et l’état Afrique n’existe pas encore. Ce qui existe, ce sont des états frères ou amis, mais qui chacun, à l’intérieur de ses frontières, déploie des efforts pour le bien être de sa population.

II y a donc très peu ou pas du tout de pertinence à débattre sur le choix et l’efficacité des stratégies de développement, en se situant d’emblée à l’échelle du continent. Et quand bien même la dynamique démographique serait favorable au continent africain, à long terme ou dans les comparaisons intercontinentales, on ne peut concevoir comme un destin enviable pour le Niger d’être, à l’intérieur du continent, le pays ayant le développement humain le plus faible, ce qui est notre cas depuis que l’on mesure l’indicateur conçu pour le saisir.

En parlant de projection, puisque le professeur nous y invite, une modélisation simple mais fiable, effectuée par un homme d’état nigérien (qui sait donc de quoi il parle) suggère qu’au rythme actuel d’augmentation du revenu par tête du pays, il nous faudrait 89 ans (près d’un siècle) pour être un pays émergent (10% du revenu moyen des pays de l’OCDE). Une diminution d’un point de pourcentage de la croissance de la population nous ferait gagner près de 30 ans, soit une génération !

Tous les pays africains ne sont pas logés a la même enseigne. C’est pourquoi, il me semble qu’il faut épurer le texte des généralités continentales, pour en discuter rigoureusement le contenu. Et, comme on le verra, si la comparaison hardie que fait le professeur avec la France invalide en fait sa thèse, celle que l’on peut faire avec des pays qui nous ressemblent, ne nous est pas favorable non plus.

Revenons donc au Niger et concentrons notre propos au cas de celui-ci : Trois indicateurs sont mobilisés par Pr Gado pour soutenir que la croissance extrêmement rapide de la population n’est pas un obstacle au développement économique, bien au contraire. Le Niger serait l’illustration d’une heureuse exception. Le taux de fertilité de plus de 7 enfants par femme en âge de procréer et le taux de croissance de la population de près de 4%, ne sont pas des contraintes à desserrer, mais des atouts à célébrer.

II n’est pas superflu de rappeler que l’auteur évite soigneusement de retenir le moindre indicateur de développement économique, comme le classique revenu par tête ou des proxy plus modernes comme la consommation d’énergie par habitant ou l’émission de gaz à effet de serre par tête ou le taux de connexion à internet. II est pourtant très important, lorsque l’on parle de développement de se choisir une définition, tant la question est controversée. Pour notre part, nous nous référons à chaque fois que nous parlons de développement, à une définition large, celle que Amartya Sen donne du développement humain, qui a inspiré le PNUD pour construire l’IDH.

Le développement serait « un processus d’élargissement des choix des individus » qui leur permet de mener une vie qu’ils ont de bonnes raisons de vouloir. Les capabilités nécessaires à cela suppose pour chaque individu de disposer d’un minimum d’éducation (faute de quoi nos choix pourraient être mal informés), de jouir d’une santé satisfaisante (ce qui permet d’espérer de vivre suffisamment longtemps) et d’un minimum de ressources matérielles (celles que l’on produit et que mesure, imparfaitement certes, le revenu par tête). Ce sont des variables saisissant au mieux ces trois notions que l’on combine pour mesurer l’IDH d’un pays (un indicateur du niveau d’éducation, l’espérance de vie à la naissance, et le revenu par habitant).

L’espérance de vie à la naissance a augmenté significativement au Niger, mais aussi partout ailleurs et souvent à un rythme supérieur au nôtre, depuis que le PNUD publie l’IDH. Cela est exact et c’est que Pr Gado interprète comme une preuve que la croissance de la population est une bonne nouvelle pour le développement économique du pays. II ajoute ensuite que la mortalité a diminué, ce qui serait une deuxième preuve.

En réalité, il n’y a pas là deux arguments, mais une double lecture du même, car l’augmentation de l’espérance de vie à la naissance, c’est juste une autre façon d’exprimer la baisse de la mortalité.

On ne peut pas les cumuler comme s’ils étaient complémentaires deux indicateurs reflétant la même chose, qui sont plutôt substituables l’un à l’autre. Les présenter comme deux arguments me semble entacher de redondance, sans force probante supplémentaire.

L’argument est d’autant moins convaincant que le niveau de vie a augmenté davantage là où la croissance de la population a été beaucoup moins rapide que la nôtre. Reprenons, à deux années près, faute de données pour 1960 et 1961, la comparaison entre la France et le Niger, choisie par l’auteur. En 1962, le revenu national brut par tête d’habitant (RNB/T) était au Niger de 150$ US, alors qu’il s’élevait en France à 1550$US, soit un peu plus de 10 fois celui du Niger. En 2020, le revenu par tête d’un français s’élève à 38.500 $US, lorsque le nigérien moyen doit se contenter de 550 $US. En d’autres mots, alors qu’en 1962, le niveau de vie d’un français est comparable à celui de dix nigériens, le français de 2020 à un niveau de vie qui équivaut à celui de 70 nigériens. Cela nous fait une belle jambe d’avoir une population aujourd’hui de seulement 2,5 fois moins élevée que celle de la France alors que celle-ci était 15 fois plus peuplée que nous en 1960.

La comparaison avec la France est cruelle pour le plaidoyer populationniste du professeur, mais elle n’est pas juste, car « les deux pays ne boxent pas dans la même catégorie », l’un est industrialisé, l’autre en développement. La même comparaison avec des pays qui nous ressemblent est tout aussi édifiante. En 1968, le RNB/T du Sénégal était de 340$ US, celui du Niger de 160. Le niveau de vie du nigérien moyen équivalait à 47% de celui du sénégalais. En 2020, le nigérien n’a plus que 38,5% du niveau de vie du sénégalais. En 1988, le nigérien avait un revenu de 330 $US ce qui équivalait à 75% des 400$ du guinéen ; une génération plus tard, en 2020 le nigérien a revenu qui ne vaut plus que 54% de celui du guinéen.

En 1962, le nigérien moyen, avec 160$ de revenu par tête, vivait mieux que le Dahoméen qui n’en avait que 90$US ; en 2020 le revenu du nigérien (550$) ne représente que 43% de celui du béninois qui s’élève à 1280 $US. Enfin, le Nigeria qui avait en 1970 un RNB/T de 170$US, lorsque celui du Niger était de 150$, affichait en 2020, un RNB/T de 2000$, soit plus de 3,5 fois celui du Niger (550$). Les quatre pays comparateurs ont en commun d’avoir un taux de croissance de la population inférieure d’au moins un point de pourcentage par rapport à celui du Niger (3,8%) en 2020 avec 2,5% au Nigeria, 2,7% au Sénégal et 2,8% au Bénin et en Guinée. A l’exception du Nigeria qui a une espérance de vie à la naissance de 55 ans, les trois autres pays ont une espérance de vie supérieure (Sénégal, 68 ans) ou comparable à celle du Niger (Bénin et Guinée 62 ans contre 63 ans au Niger).

Les quatre pays ont un IDH supérieur à celui du Niger en 2020 (0,4 pour eux contre 0,3 au Niger sur une échelle de 0 à 1). Trois des quatre pays ont un taux de pauvreté nettement inférieur à celui du Niger, avec 7,6% de pauvres au Sénégal, 19,2% au Bénin et 23,2% en Guinée contre 41,4% au Niger, battu aussi par le Nigeria qui a un taux de pauvreté de 39.1%. On ne peut donc décemment soutenir, dans ces conditions, que la croissance fulgurante de sa population est une bonne nouvelle pour le développement du Niger, elle ne l’est ni pour la croissance économique, ni pour le développement humain qui dépend de ce dernier en partie et l’est encore moins pour la réduction de la pauvreté

Examinons maintenant, un peu plus en détail, l’augmentation de l’espérance de vie à la naissance au Niger. II apparaît assez nettement que la baisse de mortalité qui en est le miroir est avant tout la baisse de la mortalité infanto-juvénile. Cette évolution heureuse, est essentiellement le résultat des campagnes de vaccination qui ont permis de combattre les hécatombes qu’entrainaient jadis les épidémies de maladies évitables, celles que l’on peut prévenir par la vaccination.

Le taux de mortalité des enfants de moins cinq ans est passé de 341 pour mille naissances vivantes en 1974 et 330 en 1990 encore à 78 en 2020. Cette évolution est sans doute la meilleure explication de celle de l’espérance de vie à la naissance. L’augmentation de l’espérance de vie à la naissance ne signifie donc pas qu’une proportion très grande de nigériens vivent aujourd’hui très longtemps (les plus de 65 ans ne représentaient encore en 2020 que 2,60% – 628.000 personnes pour une population de plus de 24,2 millions- contre 20,75% en France, -près de 14 millions de personnes sur une population de 67,38 millions- par exemple, comparateur choisi par Gado).

De façon plus générale, l’allongement de la durée de la vie humaine, quand bien même il serait à notre portée, n’est désirable que s’il se fait dans de bonnes conditions de santé et de bien-être. C’est assez facile de comprendre que nul ne veut vivre longtemps pour souffrir longtemps des affres de la pauvreté et de la misère, comme c’est le cas de 40% de nos compatriotes qui vivent avec moins d’un dollar et 90 centimes par jour.

Le professeur invoque ensuite l’augmentation appréciable du taux de scolarisation, résultat d’efforts budgétaires considérables, comme la preuve que notre croissance démographique est non seulement supportable mais même souhaitable, car si l’Etat a pu scolariser tant d’enfants, il pourrait en faire davantage. L’indicateur choisi est, à notre avis, surinterprété. Le taux de scolarisation ne dit pas assez ce que l’école fait de l’enfant et Pr Gado le sait sans doute mieux que moi. C’est pourquoi les auteurs de l’IDH par exemple utilisent un indice composite agrégeant cet indicateur avec la scolarisation au niveau secondaire et le nombre moyen d’années de scolarité dans la population générale.

Un indicateur plus simple mais pertinent serait le taux d’alphabétisation des adultes, lorsque la comparaison se fait à une génération de distance. Cet indicateur reste désespérément faible chez nous, il est de 35% en 2018. La situation est pire encore si on affine la chose par une simple désagrégation selon le sexe. II n’y a chez nous que 27% de femmes de plus de 15 ans qui sont alphabétisées (qui savent lire un texte simple, comme un mode d’emploi). C’est indiscutablement un progrès que le taux de scolarisation augmente, mais un progrès dont l’impact reste incertain chez nous, pour s’en réjouir autant, sans nuance.

II faut d’abord observer que malgré cette augmentation rapide du taux de scolarisation, il reste encore plus d’enfants d’âge scolaire n’allant pas à l’école en 2014 (1.280.821) qu’en 2003 (1.248.811), et lorsque qu’il cite l’augmentation de 35% des inscriptions entre 2012 et 2020, il se garde bien de dire qu’en 2020, il y avait probablement plus d’enfants d’âge scolaire hors des classes qu’en 2012, puisqu’ils étaient 1.241.317 dans cette situation en 2017, presque autant qu’en 2003, lorsque le taux de scolarisation était beaucoup plus faible. Ce sont les analphabètes de demain, ceux qui sont les moins outillés pour contribuer efficacement au développement économique et même à la vie démocratique du pays. La seule explication à cette tragédie est précisément la croissance plus rapide du nombre d’enfants d’âge scolaire (corollaire de la forte natalité et de la baisse de la mortalité infanto juvénile) que celle de notre capacité à les scolariser.

Les efforts de l’Etat (et ceux de ses partenaires financiers, il n’y a aucune honte à le dire) sont littéralement submergés par la croissance fulgurante du nombre d’enfants à scolariser. Avec une natalité plus faible, nous aurions pu les scolariser tous et dans de meilleures conditions.

Mais il y a plus et pire, Pr Gado fait semblant d’ignorer que l’accélération du taux de scolarisation a été obtenue au prix de nombreux compromis avec la qualité de l’enseignement, donc au détriment de l’acquisition réelle des connaissances, mais aussi que la hausse du taux de scolarisation ne se transmette pas totalement sur le nombre moyen d’années de scolarité (en raison du taux de déperdition atteignant 35% dans certaines cohortes), de sorte qu’au total, l’accélération de la scolarisation pourrait n’avoir qu’une incidence très faible sur la productivité du travail dans la population générale.

En effet, les efforts de réduction de coût, pour pouvoir scolariser le plus possible d’enfants afin de réaliser les objectifs globaux de développement, ont hélas entraîné une baisse de la qualité de l’éducation. Aucun des ingrédients de la production de l’éducation n’a été épargné par le « cost cutting ».

Les infrastructures inadaptés et parfois dangereuses nous avons 37000 mille classes en paillote, les maîtres peu ou pas qualifiés la majorité des enseignants du primaire sont des volontaires, des bénévoles ou des appelés du service civique national, sans formation pédagogique, ni surtout sans aucune vocation pour l’enseignement, payés bien moins que les instituteurs formés pour faire carrière, les fournitures scolaires officiellement ou insidieusement transférés à la charge des parents, les classes surchargées pulvérisant les records de ratio d’élèves par maître etc.

Les évaluations des maîtres et des résultats de leurs élèves rendus publiques ces dernières années en disent long sur les effets pervers de cette stratégie d’accélération du taux de scolarisation sur la qualité. C’est moyennant ces renoncements à la qualité la plus élevée possible, que notre dépense par tète d’éducation a baissé nous permettant d’inscrire massivement à l’école.

Avec le même niveau d’effort budgétaire (part des dépenses d’éducation dans le budget, d’environ 20% en moyenne depuis 2011), on aurait disposé, à population constante ou augmentant à un rythme plus faible, du double par élève. Ce serait un scénario totalement différent, un véritable “game changer”.

La troisième variable sollicitée par Pr Gado à l’appui de la thèse selon laquelle la forte natalité et la croissance foudroyante de la population qu’elle induit seraient porteuses de progrès au Niger, est le taux de pauvreté. Ce dernier est passé de 45% à 40% entre 2014 et 2017 ; En interprétant cette tendance positive, (sans en attribuer le crédit aux stratégies de lutte contre la pauvreté mises en œuvre à cet effet) Gado ne semble pas réaliser que malgré la baisse du taux de pauvreté, il y a aujourd’hui plus de personnes pauvres au Niger que jamais auparavant ! Et pourquoi donc ? Parce que la population augmente plus rapidement que de raison. Faisons un peu de pédagogie pour les étudiants du professeur. Un taux de pauvreté de 45% dans une population de 20 millions signifie 9 millions de pauvres. Si le taux de pauvreté baisse à 40% mais que la population passe à 25 millions, on aura 10 millions de pauvres. Le taux de pauvreté aura diminué (de 5 points de pourcentage), mais on a 1 million de pauvres en plus! Appliquons le même raisonnement aux chiffres utilisés par Pr Gado ; le taux de pauvreté est passé de 48,2% en 2011 à 42,9% en 2020. Comme dans le même temps, la population est passée de 17,11 à 24,21 millions, la croissance démographique explosive qui est la nôtre a généré, toutes choses étant égales par ailleurs, donc par son seul effet, 2,139 millions de pauvres supplémentaires par rapport à 2011 !

On le voit, lorsque l’on examine attentivement les chiffres du Pr Gado, il apparaît assez vite que ce qui est décrit comme un paradoxe est au mieux une illusion d’optique, au pire une prise de ses désirs pour une réalité, comme cela arrive, parfois, à chacun d’entre nous.

L’article est truffé d’illustrations chiffrées impressionnantes mais qui résistent mal à une lecture critique, même d’un amateur comme votre serviteur. En réalité, il est difficile de ne pas éprouver le sentiment que le professeur a commencé son texte par sa conclusion, qui énonce que chez nous la « pauvreté s’explique d’abord et avant tout par la corruption généralisée, le mauvais choix des politiques nationales de développement, l’insécurité, l’incompétence des dirigeants et le fait que les richesses (abondantes) tirées du sous-sol ne profitent pas au pays et aux populations » et donc que notre croissance démographique n’y est pour rien. En parler serait juste un écran de fumée. Pr Gado a ensuite construit un argumentaire superficiel et suffisamment excessif pour être polémique, ce qui est “vendeur”, donc facile à publier. On ne peut en effet imaginer que les observations ci-dessus aient pu lui échapper.

Le débat public raisonné est nécessaire, indispensable même en démocratie, mais il requiert, pour être utile, un respect sacré des faits. Nier les réalités ne peut en atténuer les conséquences, ni en prévenir l’aggravation. Les narratifs reposant sur des « faits alternatifs », qui polluent le débat démocratique sont dévastateurs partout et démobilisateurs, dans un pays attaqué par les jihadistes sur toutes ses frontières. Le projet funeste de ces derniers est précisément de délégitimer l’État en discréditant la démocratie et la promesse de développement économique et social. On ne s’y prendrait pas autrement si on voulait les aider, ce dont on ne peut suspecter le Pr Gado.

Non, professeur, la croissance démographique du Niger n’est pas un atout. A cause de son rythme époustouflant, nous scolarisons davantage mais le nombre d’analphabètes ne baisse pas, nous réduisons le taux de pauvreté mais le nombre de pauvres augmente, notre espérance de vie a progressé, mais très peu d’entre nous vivent longtemps et notre IDH reste le plus faible, parce que notre revenu par tête croît beaucoup plus lentement que celui des autres. Ce n’est pas un écran de fumée que de reconnaître que notre démographie joue contre nous, ni une diversion que de mettre en œuvre des politiques pour la maîtriser. Que ce ne soit pas notre seul problème est une évidence, mais qu’il n’est pas le moindre de nos défis l’est tout autant.

Non, professeur, il ne suffit pas d’être les plus nombreux ni de faire beaucoup d’enfants pour se développer rapidement. Si cela était vrai, la chose se saurait et nous serions des donateurs pour la Belgique et le Luxembourg et ferions des transferts de solidarité à la Tunisie et au Botswana.

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[1] Kiari Liman-Tinguiri, économiste du développement, est ancien doyen de la Faculté des Sciences Economiques et Juridiques de l’Université de Niamey. II est senior fellow à l’école de développement international et de Mondialisation à l’Université d’Ottawa. Ancien haut fonctionnaire de l’ONU, il est actuellement ambassadeur du Niger aux USA. II s’exprime ici à titre personnel et les opinions exprimées ne reflètent pas nécessairement les positions du gouvernement du Niger et ne peuvent donc pas être attribuées à ce dernier.

[2] Tous nos chiffres proviennent de la base de données de la Banque mondiale, consultable sur www.worldbank.org .

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