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La lettre de TamTamLa jeunesse nigérienne: entre sentiment patriotique et manipulation politique

La jeunesse nigérienne: entre sentiment patriotique et manipulation politique

En cette ère de tâtonnements où une certaine frange de notre classe politique semble désormais livrer tous les signes de lassitude, en cette époque où cette frange semble ne plus savoir à quel saint se vouer, il importe d’attirer l’attention de notre jeunesse, sur laquelle sont désormais rivés tous les regards désespérés, pour ne pas être le dindon de la farce, dans un jeu où elle ne constitue point une priorité.

Car, au vu de certains agissements, de certains appels du pied dans les Fadas et sur les réseaux sociaux, l’armée étant invariablement restée républicaine, donc loin de la mêlée politique, c’est désormais sur la jeunesse que les opposants nigériens comptent pour créer la subversion, notamment en lui miroitant des concepts qui la font le plus réagir: patriotisme, nationalisme, révolution, anti- impérialisme, pour ne citer que ceux-là.

Mais à voir de très près la composition de l’opposition nigérienne actuelle, elle est plutôt l’héritage politique directe des régimes dont la révolution, la lutte anti impérialiste ou anti coloniale n’ont pas droit de cité, autant dans le vocabulaire que dans la vision de la chose politique. Mieux, cette opposition est l’héritage d’un conservatisme politique raide, qui une fois au pouvoir ne pourra supporter une jeunesse qui s’affirme et qui interroge ses perspectives d’avenir.

Ce qui d’un point de vue historique ne surprend guère, car toutes les révolutions d’envergure que retient la mémoire collective ont été implémentées contre des classes politiques du même acabit que notre opposition actuelle.

Tous les slogans qu’elle profère ne tiennent qu’à un seul fil: l’accès au pouvoir. Une fois au pouvoir, elle ne pourra jamais se démarquer des orientations qui ont toujours fait sa conviction, y compris des rapports incestueux avec ses “ennemis” de la circonstance.
Si aujourd’hui elle mise sur la jeunesse pour ses visées politiques, c’est justement parce qu’elle sait comme tout le monde que toutes les révolutions que l’histoire retient de ce monde ont été surtout l’œuvre de la jeunesse, qui a de tout temps choisi le camp de la gauche révolutionnaire, mais presque jamais celui de la droite réactionnaire ou conservatrice.

La jeunesse a toujours été le moteur du changement à chaque fois qu’elle plonge dans un désespoir sans fond et un manque de perspectives d’avenir évident. Et c’est précisément parceque régime nigérien actuel en est pleinement conscient que dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, les conditions objectives touchant la jeunesse n’ont été occultées.

En marge du bras armé, le régime a bien sûr incorporés des perspectives de développement social et économique surtout dans les zones les plus touchées, pour que le désespoir ne serve de moteur pour l’emballement progressif des jeunes dans les mouvements armés. Et c’est bien l’une des forces du Niger qui finit par faire toute la différence dans la sous-région.

La jeunesse, disait *Dr Caty Clément, Experte en Négociation, Réforme du Secteur de la Sécurité et Stratégie de Développement, Membre du Centre de Genève pour pour la Politique Sécuritaire*, a quatre façons ou modes d’engagement face à son destin:
1. “Le mode silencieux”, caractérisé par une sorte de résignation pour la frange de la jeunesse qui n’arrive pas à croire à sa capacité de faire changer la tendance de manière à y incorporer la prise en charge de son destin. Elle perd alors tout goût de l’initiative et préfère se retirer loin du débat politique, loin des centres de décisions.
2. “Le mode de fuite, caractérisé par le départ des jeunes à la recherche d’un lendemain meilleur, loin des contrées qui les ont vus naître et grandir, bravant le risque, y compris en traversant le désert ou la Méditerranée.

3. “Le mode politique” , illustré par l’engagement des jeunes dans les organisations de la société civile, avec un agenda qui ne vise souvent pas forcément le pouvoir en lui-même, mais une présence sur le terrain politique aux fins de jouer un contre-poids en marge de l’opposition politique, en se faisant légalement investir d’une mission sociale.

4. “Le mode violent”, le plus redoutable où les jeunes pourraient faire allégeance à des organisations obscurantistes comme les groupes armés terroristes sur fond d’idéologie qui répugne toute la matrice de l’organisation sociale ou étatique héritée du contact avec la civilisation occidentale.

Le Niger de Mohamed Bazoum est de toute évidence le seul pays du Sahel à avoir incorporé sur la base des conditions socio-économiques objectives, la prise en charge de ce quatrième mode dans sa stratégie globale de lutte contre le terrorisme.

Mais il se trouve aujourd’hui que ce sont des hommes politiques, en mauvaise posture qui se rabattent sur la jeunesse, sur fond de manipulation pour actionner l’ un de ces quatre modes d’engagement, notamment le mode politique, où ce sont des organisations de la société civile qui sont utilisées pour à leur tour surfer sur l’instinct révolutionnaire des jeunes, désormais appelés à servir de bouclier dans une entreprise dont l’objectif est de conduire à la confrontation avec le pouvoir en place, plus précisément avec les forces de maintien de l’ordre que la jeunesse est la plus habilitée à affronter, compte tenu surtout de sa spontanéité, de son optimisme et de son degré d’engagement toujours plus pointu que celui de ses aînés.

Et ce n’est pas pour rien qu’à chaque fois qu’il y a des morts et des blessés lors des manifestations ou des insurrections à caractère politique, la proportion des jeunes est de loin la plus importante. C’est justement eux qui se donnent à fond et donc se retrouvent être toujours les plus exposés. Ce qui accrédite l’hypothèse de manipulation en pareilles circonstances, face à un objectif qui n’a pas véritablement pour vocation l’avenir ou les intérêts de la jeunesse. Cette situation laisse aussi transparaître le niveau de patriotisme de la jeunesse car, si elle s’expose le plus, c’est justement parce qu’elle croit véritablement à l’idéal patriotique et aux lendemains meilleurs promis, pendant que les hommes politiques qui se retranchent derrière elle ont déjà fini de réfléchir sur le traitement à lui réserver, une fois que leur objectif sera atteint.

La jeunesse, on le sait bien est toujours reconnue pour son goût du changement et elle n’est pas toujours disposée à attendre longtemps. Pour peu que ses attentes ne sont pas traitées avec diligence, l’allégeance qu’elle témoigne aux mouvements politiques n’est qu’éphémère, surtout qu’elle croit dur comme fer à ses capacités à toujours forcer le changement.

Et le divorce est justement le plus sûr et le plus précoce à chaque fois qu’elle soutient des mouvements politiques de droite qui arrivent rarement à incorporer le changement dans leur matrice de réflexion politique.

Asmane Saadou

 

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Car, au vu de certains agissements, de certains appels du pied dans les Fadas et sur les réseaux sociaux, l’armée étant invariablement restée républicaine, donc loin de la mêlée politique, c’est désormais sur la jeunesse que les opposants nigériens comptent pour créer la subversion, notamment en lui miroitant des concepts qui la font le plus réagir: patriotisme, nationalisme, révolution, anti- impérialisme, pour ne citer que ceux-là.

Mais à voir de très près la composition de l’opposition nigérienne actuelle, elle est plutôt l’héritage politique directe des régimes dont la révolution, la lutte anti impérialiste ou anti coloniale n’ont pas droit de cité, autant dans le vocabulaire que dans la vision de la chose politique. Mieux, cette opposition est l’héritage d’un conservatisme politique raide, qui une fois au pouvoir ne pourra supporter une jeunesse qui s’affirme et qui interroge ses perspectives d’avenir.

Ce qui d’un point de vue historique ne surprend guère, car toutes les révolutions d’envergure que retient la mémoire collective ont été implémentées contre des classes politiques du même acabit que notre opposition actuelle.

Tous les slogans qu’elle profère ne tiennent qu’à un seul fil: l’accès au pouvoir. Une fois au pouvoir, elle ne pourra jamais se démarquer des orientations qui ont toujours fait sa conviction, y compris des rapports incestueux avec ses “ennemis” de la circonstance.
Si aujourd’hui elle mise sur la jeunesse pour ses visées politiques, c’est justement parce qu’elle sait comme tout le monde que toutes les révolutions que l’histoire retient de ce monde ont été surtout l’œuvre de la jeunesse, qui a de tout temps choisi le camp de la gauche révolutionnaire, mais presque jamais celui de la droite réactionnaire ou conservatrice.

La jeunesse a toujours été le moteur du changement à chaque fois qu’elle plonge dans un désespoir sans fond et un manque de perspectives d’avenir évident. Et c’est précisément parceque régime nigérien actuel en est pleinement conscient que dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, les conditions objectives touchant la jeunesse n’ont été occultées.

En marge du bras armé, le régime a bien sûr incorporés des perspectives de développement social et économique surtout dans les zones les plus touchées, pour que le désespoir ne serve de moteur pour l’emballement progressif des jeunes dans les mouvements armés. Et c’est bien l’une des forces du Niger qui finit par faire toute la différence dans la sous-région.

La jeunesse, disait *Dr Caty Clément, Experte en Négociation, Réforme du Secteur de la Sécurité et Stratégie de Développement, Membre du Centre de Genève pour pour la Politique Sécuritaire*, a quatre façons ou modes d’engagement face à son destin:
1. “Le mode silencieux”, caractérisé par une sorte de résignation pour la frange de la jeunesse qui n’arrive pas à croire à sa capacité de faire changer la tendance de manière à y incorporer la prise en charge de son destin. Elle perd alors tout goût de l’initiative et préfère se retirer loin du débat politique, loin des centres de décisions.
2. “Le mode de fuite, caractérisé par le départ des jeunes à la recherche d’un lendemain meilleur, loin des contrées qui les ont vus naître et grandir, bravant le risque, y compris en traversant le désert ou la Méditerranée.

3. “Le mode politique” , illustré par l’engagement des jeunes dans les organisations de la société civile, avec un agenda qui ne vise souvent pas forcément le pouvoir en lui-même, mais une présence sur le terrain politique aux fins de jouer un contre-poids en marge de l’opposition politique, en se faisant légalement investir d’une mission sociale.

4. “Le mode violent”, le plus redoutable où les jeunes pourraient faire allégeance à des organisations obscurantistes comme les groupes armés terroristes sur fond d’idéologie qui répugne toute la matrice de l’organisation sociale ou étatique héritée du contact avec la civilisation occidentale.

Le Niger de Mohamed Bazoum est de toute évidence le seul pays du Sahel à avoir incorporé sur la base des conditions socio-économiques objectives, la prise en charge de ce quatrième mode dans sa stratégie globale de lutte contre le terrorisme.

Mais il se trouve aujourd’hui que ce sont des hommes politiques, en mauvaise posture qui se rabattent sur la jeunesse, sur fond de manipulation pour actionner l’ un de ces quatre modes d’engagement, notamment le mode politique, où ce sont des organisations de la société civile qui sont utilisées pour à leur tour surfer sur l’instinct révolutionnaire des jeunes, désormais appelés à servir de bouclier dans une entreprise dont l’objectif est de conduire à la confrontation avec le pouvoir en place, plus précisément avec les forces de maintien de l’ordre que la jeunesse est la plus habilitée à affronter, compte tenu surtout de sa spontanéité, de son optimisme et de son degré d’engagement toujours plus pointu que celui de ses aînés.

Et ce n’est pas pour rien qu’à chaque fois qu’il y a des morts et des blessés lors des manifestations ou des insurrections à caractère politique, la proportion des jeunes est de loin la plus importante. C’est justement eux qui se donnent à fond et donc se retrouvent être toujours les plus exposés. Ce qui accrédite l’hypothèse de manipulation en pareilles circonstances, face à un objectif qui n’a pas véritablement pour vocation l’avenir ou les intérêts de la jeunesse. Cette situation laisse aussi transparaître le niveau de patriotisme de la jeunesse car, si elle s’expose le plus, c’est justement parce qu’elle croit véritablement à l’idéal patriotique et aux lendemains meilleurs promis, pendant que les hommes politiques qui se retranchent derrière elle ont déjà fini de réfléchir sur le traitement à lui réserver, une fois que leur objectif sera atteint.

La jeunesse, on le sait bien est toujours reconnue pour son goût du changement et elle n’est pas toujours disposée à attendre longtemps. Pour peu que ses attentes ne sont pas traitées avec diligence, l’allégeance qu’elle témoigne aux mouvements politiques n’est qu’éphémère, surtout qu’elle croit dur comme fer à ses capacités à toujours forcer le changement.

Et le divorce est justement le plus sûr et le plus précoce à chaque fois qu’elle soutient des mouvements politiques de droite qui arrivent rarement à incorporer le changement dans leur matrice de réflexion politique.

Asmane Saadou

 

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