Le 17 octobre 2026, Macky Sall a officiellement retiré sa candidature au poste de Secrétaire général des Nations unies. L’ancien président sénégalais espérait succéder à António Guterres, dont le mandat prend fin le 31 décembre 2026. Malgré le soutien du président sénégalais Bassirou Diomaye Faye et du président burundais Évariste Ndayishimiye, son ambition s’est heurtée à la réalité des rapports de force internationaux.
Le vote informel du Conseil de sécurité, organisé le 16 octobre, a été particulièrement défavorable. Selon les informations rapportées, Macky Sall a obtenu 5 avis favorables contre 10 défavorables. Ce résultat a révélé les limites de sa candidature auprès des membres de l’instance chargée de recommander le futur Secrétaire général.
Pour accéder à ce poste, le soutien de quelques chefs d’État ne suffit pas. Il faut obtenir une recommandation du Conseil de sécurité, où les États-Unis, la Chine, la Russie, la France et le Royaume-Uni disposent chacun d’un droit de veto. Un seul de ces cinq pays peut donc bloquer une candidature, même soutenue par plusieurs États.
Macky Sall a-t-il cru qu’un rapprochement avec Emmanuel Macron pouvait faciliter son accession au sommet des Nations unies ? La question mérite d’être posée au regard de l’évolution des rapports entre la France et l’Afrique.
Depuis plusieurs années, l’influence française recule dans une partie du continent, particulièrement au Sahel. En 2025, la France a achevé la restitution de ses dernières installations militaires au Sénégal, dans le cadre de la redéfinition de la coopération entre les deux pays. En mai 2026, Emmanuel Macron a participé au sommet Africa Forward au Kenya, dans un contexte où Paris cherche à renouveler ses relations avec les États africains.
Ces événements traduisent une réalité que les dirigeants africains ne peuvent ignorer. La France reste une puissance importante, mais elle ne décide pas seule de l’avenir politique et géopolitique du continent.
Les intérêts américains, chinois, russes et britanniques pèsent également sur les grandes décisions internationales. Penser que la proximité avec le président français suffit à ouvrir les portes des institutions mondiales, c’est sous-estimer la complexité des rapports de force.
L’expérience récente invite donc les dirigeants africains à la prudence. Les alliances avec Paris peuvent servir certains intérêts, mais elles ne constituent jamais une garantie de réussite. Les intérêts français et les priorités africaines ne coïncident pas systématiquement.
Le soutien de Bassirou Diomaye Faye à son prédécesseur constitue un autre élément marquant. Élu en mars 2024 après une campagne portée par la volonté de rupture avec l’ancien pouvoir, le président sénégalais a finalement soutenu la candidature internationale de Macky Sall.
Ce choix pouvait être présenté comme une démarche en faveur du rayonnement du Sénégal. Pourtant, le résultat du vote a montré les limites de cette mobilisation. Malgré les appuis de Dakar et de Bujumbura, Macky Sall n’a pas obtenu les soutiens nécessaires pour poursuivre sa candidature dans des conditions favorables.
Cette situation rappelle une vérité diplomatique. La solidarité entre dirigeants africains peut renforcer une candidature, mais elle ne remplace ni les négociations internationales ni les accords avec les puissances qui disposent du pouvoir de décision.
L’ambition internationale de Macky Sall se heurtait également aux controverses laissées par ses douze années au pouvoir, de 2012 à 2024.
Les dernières années de sa présidence ont été marquées par de fortes tensions politiques, des arrestations d’opposants et des violences lors de manifestations. En février 2024, sa décision de reporter l’élection présidentielle a provoqué une grave crise institutionnelle. Le Conseil constitutionnel a invalidé ce report, et l’élection s’est finalement tenue en mars 2024.
Ces événements ont durablement marqué la vie politique sénégalaise et alimenté les critiques des organisations de défense des droits humains.
Un ancien président qui aspire à diriger les Nations unies doit s’attendre à ce que son bilan soit examiné. La fonction de Secrétaire général exige une capacité à dialoguer avec des gouvernements aux intérêts opposés, mais aussi une crédibilité sur les questions de paix, de démocratie et de droits humains.
Il serait toutefois excessif d’affirmer que ces controverses expliquent, à elles seules, les résultats du vote. Les motivations précises des membres du Conseil de sécurité ne sont pas toutes connues.
Le retrait de Macky Sall constitue un revers pour sa candidature, mais il ne doit pas être confondu avec une défaite de l’Afrique entière.
Le continent compte 54 États membres de l’ONU et près de 1,5 milliard d’habitants, mais ne dispose toujours pas de siège permanent au Conseil de sécurité. Cette situation justifie une réforme de la gouvernance mondiale et une représentation africaine plus équitable.
Pour atteindre cet objectif, les pays africains doivent mieux coordonner leurs positions, préparer leurs candidatures et construire des alliances qui dépassent les intérêts personnels ou les proximités politiques.
Le 17 octobre 2026, Macky Sall a justifié son retrait par les résultats du processus de sélection et par la préférence qu’il estimait percevoir en faveur d’une candidature d’Amérique latine et des Caraïbes, éventuellement portée par une femme.
Son parcours rappelle que le soutien d’un président, même influent, ne suffit pas à faire aboutir une ambition internationale. Les relations diplomatiques reposent sur des intérêts qui évoluent, des compromis parfois difficiles et des rapports de force qu’aucun dirigeant ne maîtrise seul.
Les dirigeants africains doivent cesser de croire que les conseils d’Emmanuel Macron constituent une garantie de succès politique ou géopolitique. L’avenir du continent ne peut dépendre des orientations d’une puissance étrangère, quelle qu’elle soit.
L’Afrique a besoin de partenariats diversifiés, mais aussi de dirigeants capables d’analyser les intérêts de leurs interlocuteurs, de défendre leur souveraineté et de prendre leurs décisions en toute indépendance.
Le rêve de Macky Sall s’est arrêté devant la réalité diplomatique. La leçon est simple. Un partenariat peut être utile, mais une dépendance politique peut coûter cher. La véritable force d’un dirigeant réside dans sa capacité à défendre les intérêts de son pays sans confier son avenir aux calculs d’une autre capitale.
Par Ousmane Jazy Souleymane


