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Le respect des aînés : ciment de la cohésion sociale !

Le respect des aînés : ciment de la cohésion sociale !

Dans chaque pays, le respect des aînés est un pilier fondamental et le garant de la cohésion nationale. Curieusement, la société évolue aujourd’hui vers une dissolution de certaines valeurs traditionnelles au profit d’autres, importées ou dictées par les « règles du moment ». Dans ce mouvement des blocs civilisationnels, les modèles occidentaux et orientaux dominent ou, tout au moins, façonnent notre mode de vie.

Dès lors, le sentiment d’appartenir à un monde sans repères semble prendre le dessus. Nous traversons une crise identitaire profonde qui ébranle nos fondations les plus solides. Historiquement, notre pays, le Niger, est reconnu comme le sanctuaire des valeurs positives en Afrique, à travers notamment le respect absolu des aînés, la sacralité de la vie humaine, la préservation du bien-être communautaire et la haute considération réservée aux plus anciens.

Quel n’est donc pas notre étonnement d’assister désormais à une rupture préoccupante de la transmission générationnelle.

Le constat actuel auquel la société nigérienne fait face nous interpelle tous et ne peut plus être ignoré : une partie de la jeunesse, prise dans le tourbillon de modes de vie occidentaux mal assimilés, rompt brutalement avec nos coutumes établies. La communauté observe, parfois impuissante, l’effritement des autorités parentale et sociétale, qui ont pourtant toujours constitué les piliers inébranlables de notre cohésion.

Plus qu’une simple tradition, l’aîné symbolise la transmission, la protection, la bienveillance et la bénédiction. Selon les us et coutumes de ce grand peuple, cette déférence dépasse largement le cadre familial pour s’étendre à l’échelle de la société et de l’humanité entière.

De ce fait, elle constitue le fondement même du vivre-ensemble et de la stabilité sociale, des valeurs reconnues sur tous les continents et dans tous les milieux. L’aîné n’est pas seulement un parent ; c’est un voisin, un compatriote, un collègue qui incarne l’autorité dans la fraternité et la dignité.

Loin d’être une coutume d’un autre temps, le respect des anciens s’affirme comme une valeur morale universelle qui incite la jeunesse à faire preuve d’écoute et de civilité à l’égard des personnes plus âgées. Cette forme de politesse, développée depuis la nuit des temps, est principalement liée à leur parcours de vie, à leur sagesse et à leurs expériences. Ce comportement se manifeste au quotidien à travers des mots, des attitudes et la perception de l’autre.

Malheureusement, le sentiment d’appartenir à un monde désorganisé où l’individualisme et l’indifférence grandissent, et où les relations deviennent de plus en plus horizontales, affaiblit dangereusement le dialogue intergénérationnel, si cher au Niger. Cette dérive nourrit des stéréotypes et des préjugés qui touchent toutes les tranches d’âge, compromettant progressivement une pratique vivante et quotidienne de notre société.

Une telle évolution fait courir un risque majeur à la communauté : celui de perdre ses fondamentaux primordiaux de référence, de voir s’effriter ses valeurs essentielles et de déstabiliser les fondements mêmes de la coexistence pacifique qui y prévalait jadis.

Ce risque est d’autant plus grand à l’ère du numérique, où la prolifération de la désinformation est devenue monnaie courante. Elle constitue un obstacle à l’épanouissement social et porte surtout préjudice à l’expérience et à l’expertise des personnes âgées. Il faut ainsi reconnaître qu’aucune technologie ne pourra remplacer le parcours d’une vie et ces « bibliothèques vivantes » que sont nos aînés.

Écouter leurs récits épargne à la société la reproduction des erreurs du passé. Mais hélas, la quête de notoriété et l’orgueil poussent une grande partie de la jeunesse à adopter des comportements qui dévalorisent ou méprisent ce principe. De plus, une certaine élite, aveuglée par le culte de la personnalité, dénigre ces valeurs ancestrales, notamment sur les réseaux sociaux, désorganisant ainsi les repères historiques de la communauté.

Il y a lieu de rappeler à cette jeunesse plongée dans l’égarement que le traitement qu’elle réserve aujourd’hui aux aînés préfigure celui qu’elle subira inéluctablement demain car, comme le dit l’adage : le respect est un chemin à double sens.

La jeunesse nigérienne, conformément à la tradition de son peuple, ne doit pas perdre de vue que le grand frère est le premier miroir des cadets, celui qui balise la route à ses petits frères au prix de ses propres expériences. En tant que premier guide, il porte une immense responsabilité, qui ne provient pas de lui seul, mais émane de ceux qui l’ont précédé.

Par conséquent, respecter un aîné est un acte de sagesse et de discernement, et ne relève nullement de la contrainte ou de la soumission. Ce respect se manifeste par des gestes authentiques et simples : une parole douce, une écoute attentive, un regard bienveillant, une assistance spontanée, un simple salut…

Sur les réseaux sociaux, les dérives actuelles, qui s’apparentent à des manifestations d’âgisme, deviennent de plus en plus alarmantes et risquent d’égarer la jeune génération.

Si le monde numérique, lieu de prédilection de cette jeunesse, tend à confondre l’égalité des droits avec l’abolition des égards, alors la société ne fait plus preuve de maturité ni de responsabilité. Elle cesse de placer la raison, l’éducation et la dignité du citoyen au centre de ses préoccupations.

En protégeant les jeunes des dérives liées à l’utilisation des réseaux sociaux, la société choisit d’être plus humaine et profondément attachée aux bénédictions de ses valeurs ancestrales.
Nous invitons respectueusement le Conseil National pour la Sauvegarde de la Patrie (CNSP), garant de l’unité nationale, ainsi qu’au Gouvernement de la Refondation, de bien vouloir prendre des mesures législatives et réglementaires adaptées face à cet enjeu majeur de société, afin de prémunir notre communauté contre les dérives extérieures.

Puissent nos Chefs traditionnels, garants de nos valeurs communes, guider la jeunesse du Niger, pour en faire une force motrice, capable de réussir et de s’accomplir dans le respect des aînés.

Par Moustapha Kadi Oumani