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Windiberi retrouve son nom : Niamey baptise dans la ferveur la « Rue des Bâtisseurs Elhadj Moussa Gros »…

Windiberi retrouve son nom : Niamey baptise dans la ferveur la « Rue des Bâtisseurs Elhadj Moussa Gros »…

Il y avait, ce dimanche 23 août 2026, quelque chose d’inhabituel dans l’air du Plateau. Entre le siège d’Ecobank-Niger et l’Hôtel Ténéré, chants et slam se sont mêlés aux discours protocolaires, et une foule de dignitaires venus de tous les horizons du pays s’est rassemblée pour un geste simple en apparence, celui de donner un nom à une rue. Mais derrière ce geste, c’est une mémoire entière que la capitale nigérienne a choisi de graver dans la pierre, celle d’Elhadj Moussa Gros Ibrahim, transporteur devenu bâtisseur, commerçant devenu bailleur de fonds de l’économie naissante, et surtout homme de dialogue dont la véranda de Windiberi a longtemps tenu lieu de conscience à la ville.

Le mot de la famille, un nom rendu à son histoire

C’est à Mme Ali Hassane Hadiza Moussa Gros, dite Lady Gros, secondée par un autre membre de cette auguste famille, qu’est revenu l’honneur d’ouvrir la cérémonie au nom des siens. Les deux orateurs se sont relayés pour dresser, dans un mot de bienvenue empreint d’émotion, le « sacerdoce du patriarche », rappelant au passage une précision que peu de Niaméens connaissaient, à savoir que celui-ci s’appelait en réalité Moussa Ibrahim, le sobriquet de « Gros » lui ayant été donné par ses contemporains en raison de sa carrure imposante et d’une force de la nature que la famille attribue à la grâce d’Allah.

Né en 1910 à Tourikoukè, dans l’actuel département de Téra, il est issu de la communauté songhaï, dont il porte, disent les siens, les valeurs de fierté, d’honneur, d’intégrité et de respect de la parole donnée.

Dans l’allocution prononcée devant l’Administrateur Délégué de la Ville de Niamey, le Colonel Boubacar Soumana Garanké, la famille a tenu à s’acquitter, selon ses propres mots, d’un agréable devoir, celui d’exprimer sa profonde gratitude aux autorités municipales pour l’honneur fait à un père, un grand-père et, pour certains descendants, un arrière-grand-père, par cet acte qu’elle a qualifié de haute portée symbolique inscrivant sa mémoire dans la séculaire histoire de la ville.

Un autodidacte au service d’une capitale à bâtir

Le portrait dressé ce jour-là a retracé la trajectoire d’un homme qui, très tôt, affronta les rigueurs de la vie sans jamais avoir eu accès aux bancs de l’école. Chauffeur de grands porteurs à ses débuts, il devint l’un des premiers propriétaires de parc de camions de transport de marchandises et fut membre fondateur, puis l’un des premiers présidents, du Syndicat des Transporteurs du Niger. À cette première fortune, il adjoignit le commerce général, dont la friperie, avant de s’engager dans l’immobilier, faisant de lui, selon les mots de la famille, un pionnier de la modernisation de Niamey autant qu’un patriote engagé.

Cette ambition pour sa ville, il la concrétisa notamment aux côtés de son frère et compagnon d’affaires, feu Elhadj Mounkaila Sakoira, avec qui il fonda la Société Nigérienne d’Exploitation Cinématographique. L’initiative dota Niamey de deux salles devenues cultes, le Sonni Ali Ber et le Zabarkan, dont les noms ont fini par désigner des quartiers entiers de la capitale. Un choix que la famille présente comme le signe d’une conscience historique assumée, ces figures renvoyant aux illustres symboles de la lutte pour la dignité africaine. 

C’est également lui qui initia la construction de l’Hôtel Ténéré, achevée plus tard par ses héritiers, et devenue l’un des établissements de référence de la capitale. Un clin d’œil de l’Histoire a voulu que la rue retenue pour porter son nom soit précisément mitoyenne de cet hôtel, comme si la ville avait décidé de réunir pour toujours l’homme et son œuvre.

L’historien Mamoudou Djibo, ami de longue date de la famille, est venu apporter à l’assistance un éclairage savant sur cette trajectoire, évoquant les souvenirs et les hauts faits d’un homme dont l’engagement dépassa largement le cadre des affaires. Son implication dans la construction du tissu économique nigérien post-indépendance, notamment à travers la création de la BDRN et de la SONARA, sa sagesse de médiateur respecté sur la véranda de Windiberi, en face du Grand Marché de Niamey, ainsi que son important réseau de fraternité ouest-africaine, ont été salués comme les traits d’un bâtisseur autant économique que social.

Un parterre de personnalités venues honorer un bâtisseur

La cérémonie a réuni un parterre de personnalités à la mesure de l’homme célébré. Le Général Ibroh Bacharou, membre du CNSP, a fait le déplacement, aux côtés d’anciens chefs d’État parmi lesquels le Général Salou Djibo. Des ministres, des militaires et d’anciens présidents de l’Assemblée nationale, dont Elhadj Seyni Oumarou, ont pris place parmi les invités, de même que le Président du Conseil Consultatif de la Refondation (CCR) du Niger, plusieurs Généraux militaires en activité ou à la retraite, de grands commerçants nigériens et des chefs traditionnels venus de différentes régions du pays. L’Administrateur Délégué de la Ville de Niamey, le Colonel Boubacar Soumana Garanké, a présidé la cérémonie, dans une ambiance à la fois solennelle et bon enfant, où chants et slam sont venus rappeler que l’hommage rendu à Moussa Gros était aussi celui d’une jeunesse qui se réapproprie sa mémoire. Victor Akiessé, fondateur et Président Directeur Général de l’École ESCAE de Niamey, également suivant la cérémonie en live via internet, a tenu à rappeler que c’est la famille Moussa Gros elle-même qui l’avait accueilli à son arrivée dans la capitale, témoignage vivant de l’hospitalité léguée par le patriarche.

Un geste qui dépasse le symbole

Au-delà des discours, la famille a tenu à inscrire cet hommage dans une démarche concrète, en faisant don à la Ville de Niamey d’un important lot de matériels de salubrité destinés à renforcer l’élan de l’Administrateur Délégué, le Colonel Boubacar Soumana Garanké, dans ses efforts d’assainissement urbain. Une manière, pour les héritiers de Moussa Gros, de perpétuer l’esprit de contribution à la cité qui animait leur père.

Windiberi, jusque dans le deuil et la prière

La cérémonie s’est refermée sur l’évocation du souvenir familial de Windiberi, ce foyer où s’apprenaient, disent les proches, l’éducation et la solidarité, et sur le rappel du 27 mai 1973, date à laquelle Elhadj Moussa Gros Ibrahim s’éteignit, laissant un deuil que la capitale tout entière ressentit. 

La famille a conclu son hommage par un vibrant discours de remerciement à l’Administrateur Délégué de la Ville de Niamey pour cette attribution de rue, avant que l’Imam Cheick Ali Ben Salah Hamouda, Ministre de la Refondation, ne vienne clore la cérémonie par des prières et bénédictionssolennelles, dans le recueillement d’une journée qui restera comme celle où Niamey a définitivement inscrit dans son paysage la mémoire d’un de ses plus grands bâtisseurs.

Mounkaila ALI (Tam-Tam Infos News)