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Niger-ZIMAR : derrière la raffinerie de Dosso, une stratégie de souveraineté économique…

Niger-ZIMAR : derrière la raffinerie de Dosso, une stratégie de souveraineté économique…

La lecture proposée autour du partenariat entre le Niger et ZIMAR mérite d’être replacée dans une perspective plus large. La question n’est pas simplement de savoir si le Niger « parie » sur une entreprise canadienne pour construire une raffinerie. Il faut surtout comprendre la ligne économique qui guide aujourd’hui les choix de l’État nigérien.

Depuis l’avènement du CNSP, cette ligne est clairement affichée. Il s’agit de renforcer les bases nationales de production pour construire une souveraineté économique réelle. Cette orientation constitue le troisième des quatre axes de la vision de Son Excellence le Général d’Armée Abdourahamane Tiani, Président de la République et Chef de l’État, autour du développement des bases de production pour la souveraineté économique (Gouvernement du Niger, 16 juillet 2024).

Cette vision ne concerne pas seulement le pétrole. Elle touche l’agriculture, l’énergie, les mines, l’industrie, les infrastructures et les chaînes de valeur. L’objectif est de produire davantage au Niger, de transformer davantage au Niger et de conserver une part plus importante de la valeur créée au Niger. Les mesures prises pour favoriser les produits locaux et limiter la concurrence des produits similaires importés s’inscrivent dans cette même orientation (Gouvernement du Niger, 22 octobre 2025).

C’est dans cette logique qu’il faut regarder le projet de raffinerie et de complexe pétrochimique de Dosso.

Le Niger disposait déjà d’une capacité de raffinage à Zinder. Mais avec l’augmentation de la production pétrolière et l’exportation du brut, la question devient plus directe. Comment transformer davantage le pétrole nigérien au Niger et faire en sorte que cette ressource produise davantage de valeur sur le territoire national ?

Le projet de Dosso apporte une réponse à cette question.

La convention signée le 15 août 2026 prévoit une raffinerie de 100 000 barils par jour, accompagnée d’un complexe pétrochimique. Le projet repose sur un modèle Build-Operate-Transfer, BOT, avec construction, exploitation pendant 13 ans, puis transfert des installations à l’État nigérien. La convention couvre également le financement, les infrastructures associées, notamment les pipelines et les capacités de stockage (Hydrocarbon Processing, 17 août 2026 ; APAnews, 16 août 2026).

Il ne s’agit donc pas d’une cession d’une ressource nationale à une entreprise étrangère. Il s’agit d’un partenariat industriel dans lequel l’État cherche à faire construire une capacité supplémentaire de transformation, avec un transfert prévu de l’outil à terme.

La souveraineté ne signifie pas travailler seul. Elle signifie pouvoir choisir ses partenaires, fixer les conditions de la coopération et défendre les intérêts nationaux.

Le projet ZIMAR n’est d’ailleurs pas apparu en août 2026.

Un premier mémorandum d’entente avait été signé en octobre 2024 autour d’un projet de raffinerie de 100 000 barils par jour et d’un complexe pétrochimique à Dosso. Le projet a ensuite été réexaminé. En juin 2026, le ministre du Pétrole indiquait que le Gouvernement avait retenu le principe d’une raffinerie classique plutôt que la raffinerie modulaire initialement envisagée, avec révision des termes de référence et reprise de l’étude de faisabilité (ANP, 12 juin 2026).

Près de deux ans après le premier mémorandum, l’État nigérien n’a donc pas simplement reconduit le projet. Il l’a réexaminé, a modifié son orientation technique, a repris l’étude de faisabilité, puis a négocié et signé une nouvelle convention.

Ce processus permet de relativiser l’idée selon laquelle le Niger aurait accepté sans discernement les conditions d’un partenaire. Un État qui abandonne tout contrôle ne reprend pas les paramètres techniques d’un projet, ne demande pas de nouvelles études et ne fixe pas de nouvelles échéances avant de s’engager.

La question du financement mérite, elle, d’être posée avec précision.

ZIMAR doit maintenant démontrer qu’elle peut mobiliser les ressources nécessaires à la réalisation du projet. C’est une obligation du partenaire, pas une incertitude qui remet en cause la volonté du Niger de poursuivre le projet.

La convention prévoit justement des délais pour vérifier cette capacité. Le consortium dispose de quatre mois pour mobiliser le financement et achever l’ingénierie détaillée, tandis que le bouclage financier est attendu dans un délai de douze mois (Hydrocarbon Processing, 17 août 2026 ; Orishas Finance, 18 août 2026).

La signature ne dispense donc pas ZIMAR de faire ses preuves. Le Niger a fixé un cadre et le partenaire doit maintenant respecter ses engagements.

Il ne faut pas inverser les responsabilités. Les éventuelles difficultés financières de ZIMAR ne permettent pas de conclure que le Niger aurait fait un choix sans stratégie. Elles permettent seulement de dire que la capacité de ZIMAR à financer et exécuter le projet devra être établie dans les délais prévus.

La convention prévoit également un dispositif de suivi de l’exécution et du respect des engagements contractuels (APAnews, 17 août 2026 ; Mining Reporting, 16 août 2026).

La stratégie du Président Tiani apparaît encore plus clairement lorsqu’on regarde les autres secteurs.

Dans l’agriculture, l’État cherche à accroître la production nationale et à développer les chaînes de valeur. Dans l’industrie, il encourage la production et la consommation locales. Dans l’énergie et les infrastructures, le développement des bases de production constitue l’un des axes de la vision présidentielle pour renforcer la souveraineté économique (Nations Unies au Niger ; Gouvernement du Niger).

Le projet ZIMAR s’inscrit donc dans une orientation beaucoup plus large.

ZIMAR n’est pas la stratégie. ZIMAR est un partenaire choisi dans le cadre d’une stratégie.

Si ce partenaire ne respecte pas ses engagements financiers, techniques ou industriels, l’État pourra tirer les conséquences prévues par le cadre contractuel.

Pendant longtemps, la question était principalement de savoir comment attirer des investisseurs pour exploiter nos ressources.

La logique recherchée aujourd’hui est différente. Il s’agit d’attirer des partenaires capables de contribuer à la transformation des ressources tout en renforçant les capacités du Niger.

Le Niger ne cherche plus seulement à extraire et exporter son pétrole brut. Il veut aussi le raffiner, produire des dérivés, développer la pétrochimie, créer des emplois et conserver davantage de valeur sur son territoire.

La raffinerie de Dosso, si elle est réalisée conformément à la convention, serait donc beaucoup plus qu’une infrastructure pétrolière. Avec une capacité annoncée de 100 000 barils par jour, des installations de stockage, des pipelines et un complexe pétrochimique, elle pourrait renforcer la capacité du Niger à transformer son pétrole et à approvisionner son marché, avec la possibilité de servir également les marchés sahéliens (Hydrocarbon Processing, 17 août 2026 ; APAnews, 17 août 2026).

Il faut donc éviter deux lectures opposées.

La première consisterait à considérer le projet comme déjà totalement sécurisé. Ce serait prématuré. Le financement, l’ingénierie et l’exécution devront encore être vérifiés.

La seconde consisterait à utiliser ces interrogations pour présenter la décision du Niger comme irrationnelle ou dépourvue de stratégie. Les faits disponibles ne permettent pas de soutenir cette conclusion.

Depuis 2024, le Niger a maintenu le projet, l’a réexaminé, en a modifié certains paramètres, a repris les études, puis a conclu une convention avec des obligations et des échéances précises.

Ce parcours montre que la volonté politique de réaliser l’infrastructure est bien réelle.

La souveraineté ne consiste pas à fermer la porte aux partenaires étrangers. Elle consiste à ne plus laisser les partenaires définir seuls les conditions de la coopération.

Sous la conduite de Son Excellence le Général d’Armée Abdourahamane Tiani, Président de la République et Chef de l’État, la ligne est claire. Coopérer pour produire, investir pour transformer, exploiter pour créer de la valeur au Niger et s’ouvrir à différents partenaires sans abandonner la maîtrise des intérêts nationaux.

Le partenariat avec ZIMAR devra donc être jugé sur les actes. Mobilisation du financement, réalisation des études, démarrage effectif des travaux, respect du calendrier, contenu local, transfert de compétences et, à terme, transfert de l’infrastructure à l’État.

Le Niger a fait son choix. Avancer vers une souveraineté industrielle et économique fondée sur ses propres ressources et ses propres capacités. À ZIMAR désormais de démontrer qu’elle peut être à la hauteur de cet engagement.

Par Ousmane Jazy