L’article de Jeune Afrique intitulé « Du PNDS à la junte : au Niger, les routes de la drogue restent grandes ouvertes », publié le 3 août 2026, ne décrit pas seulement un phénomène criminel réel. Il le transforme en récit politique, en donnant l’impression que les autorités nigériennes regarderaient ailleurs pendant que les trafics prospèrent. Cette lecture est trop commode. Elle ignore les résultats concrets obtenus par l’État nigérien et elle passe sous silence des chiffres officiels qui racontent une autre réalité.
Le Niger est certes un pays de transit. Sa position entre le golfe de Guinée, le Sahel et l’Afrique du Nord en fait un couloir utilisé par des réseaux transnationaux. Cela est connu depuis longtemps. Mais reconnaître cette vulnérabilité ne signifie pas conclure à l’inaction. Depuis plusieurs années, les services nigériens mènent des opérations soutenues contre les trafics de stupéfiants, avec des saisies importantes, des interpellations massives et des dossiers transmis à la justice.
Entre 2015 et le 3 janvier 2022, les autorités ont présenté un bilan spectaculaire des saisies réalisées par l’OCRTIS.
Plus de 32 tonnes d’herbe de cannabis, plus de 21 tonnes de résine de cannabis, plus de 16 millions de comprimés de diazépam, plus de 50 millions de comprimés de tramadol et 228 kilos de cocaïne ont été interceptés. La valeur marchande totale de ces saisies a été estimée à plus de 93 milliards de FCFA. Ce ne sont pas des chiffres décoratifs. Ils traduisent l’ampleur d’une action publique réelle, menée au niveau opérationnel par les services compétents.
Les interpellations montrent la même dynamique. Sur la période 2015 à 2022, 15 709 hommes et 337 femmes ont été arrêtés pour trafic de drogue. Parmi eux, 75% avaient entre 18 et 39 ans. Dans le même temps, 34 dossiers ont été transmis à la justice, 10 ont déjà donné lieu à des jugements avec condamnations et incarcérations effectives, et 24 étaient encore en instruction. Quand un maire est arrêté le 2 janvier 2022 avec 214 kilos de cocaïne dans un véhicule administratif, puis que le dossier est transmis au parquet quatre jours plus tard, il est difficile de soutenir que les gros dossiers seraient intouchables.
Les statistiques récentes confirment d’ailleurs un renforcement de la riposte. L’Annuaire statistique 2024 du ministère de l’Intérieur, qui reprend les données de l’OCRTIS sur la période 2018 à 2022, indique une hausse continue du nombre de personnes interpellées, de 3 064 en 2018 à 5 532 en 2022. En 2023, 5 966 personnes ont été interpellées dans le cadre de la lutte contre la drogue, dont 5 543 Nigériens, 159 femmes et 3 960 jeunes En 2025, le ministre de la Sécurité publique a annoncé 9 289 interpellations, dont 8 000 Nigériens et 1 200 étrangers. En deux ans, la progression est d’environ 55%. Une telle hausse ne correspond pas à un État passif. Elle montre au contraire une pression accrue sur les réseaux.
L’année 2026 a aussi été marquée par une saisie majeure. En mai, l’OCRTIS a annoncé la confiscation de 268,045 kg de cocaïne dans la région de Zinder, avec huit personnes interpellées et un réseau transnational identifié.
Ce type d’opération suppose du renseignement, de la surveillance, de la coordination entre services et du travail judiciaire. Ce n’est pas un coup de chance. C’est le signe d’une machine sécuritaire qui fonctionne.
Cette lutte est portée au plus haut niveau de l’État. Le Président de la République, Son Excellence le Général d’Armée Abdourahamane Tiani, et le CNSP ont fait de la sécurité une priorité centrale.
Dans ce cadre, le ministre d’État, le Général de Division Mohamed Toumba, a reçu des instructions claires pour intensifier la lutte contre les trafics, notamment le narcotrafic.
Les opérations récentes, la régularité des bilans et la mobilisation des services de sécurité montrent que cette orientation n’est pas symbolique. Elle se traduit par des actes, des saisies et des procédures.
Les rapports internationaux vont dans le même sens. Le rapport INCSR 2025 du Département d’État américain présente l’OCRTIS comme la principale structure nigérienne de lutte contre les drogues et reconnaît les efforts fournis pour contrer les réseaux transnationaux. Là encore, les faits contredisent le récit d’un État qui laisserait les trafiquants agir librement.
Le vrai problème de l’article de Jeune Afrique n’est donc pas qu’il parle du trafic de drogue. Le problème, c’est qu’il le raconte de façon biaisée, en laissant croire que rien n’est fait, alors que les chiffres officiels montrent l’inverse. Le Niger n’est pas un territoire abandonné aux trafiquants. C’est un pays sous pression, qui combat ces réseaux avec des moyens réels, des résultats mesurables et une volonté politique affichée.
Loin d’être une simple chronique du désordre, la lutte nigérienne contre le trafic de drogue est aujourd’hui une politique publique visible. Les saisies se multiplient, les interpellations augmentent, les dossiers avancent en justice, et les autorités assument cette bataille comme une priorité nationale. C’est cela que Jeune Afrique choisit d’atténuer, voire d’effacer. Or les faits, eux, demeurent.
Par Ousmane Jazy


