En l’absence de rapport analytique sur la dette publique du Niger depuis 2021 émanant de la Direction Générale du Trésor et de la Comptabilité Publique, qui prive les citoyens d’une évaluation officielle et détaillée des ratios d’endettement, des coûts et des risques, nous proposons ici une analyse basée sur les données disponibles du Marché des Titres Publics (MTP) de l’Union Économique et Monétaire Ouest-Africaine (UEMOA).
Tirée des informations officielles de l’UMOA-Titres au 31 décembre 2025 (page 14 du rapport), cette étude révèle un encours total de 2 019,56 milliards de FCFA, réparti sur 55 titres en vie. Composée à 67 % d’Obligations Assimilables du Trésor (OAT) et à 33 % de Bons Assimilables du Trésor (BAT), cette dette met en lumière les défis persistants auxquels fait face le Niger : une dépendance accrue aux matières premières comme l’uranium et le pétrole, des chocs climatiques récurrents, et des instabilités sécuritaires dans la région du Sahel. Ces éléments, combinés à ce manque de transparence dans la publication des rapports, soulignent l’urgence d’une gestion plus rigoureuse pour éviter les pièges de la corruption et assurer une soutenabilité à long terme.
Évolution des Émissions : Une Explosion des Emprunts Récents
• 2020 : 16,50 Md FCFA (modeste, pré-pandémie).
• 2021 : 270,76 Md (+1 500% !), boosté par la COVID-19.
• 2022 : 185,62 Md, focus sur le long terme.
• 2023 : 162,68 Md, léger ralentissement.
• 2024 : 475,23 Md (+192% vs 2023), pressions budgétaires accrues.
• 2025 : 908,78 Md (record, dominé par BAT courts).
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Cette escalade souligne une dépendance croissante à la dette, avec des taux d’intérêt en hausse (de ~6% à 11,4% en moyenne), gonflant le service de la dette à 150-269 Millards/an. Une vulnérabilité économique qui appelle à plus de vigilance dans l’allocation des fonds en fonction des priorités.
Profil des Maturités : Risque Élevé en 2026
• 2026 : 869,01 Md (43% du total !), pic de refinancement.
• 2027 : 466,62 Md (23%).
• 2028 : 325,92 Md (16%).
• Au-delà : Volumes en baisse, mais durée moyenne faible (2-3 ans).
Ce profil “front-loaded” expose à des risques de liquidité, surtout si les marchés se tendent. Comparé au Sénégal, notre gestion semble moins équilibrée.
Perspectives : Vers une Réforme Urgente
Pour absorber ces engagements sans aggraver la vulnérabilité, il est essentiel de booster les recettes fiscales en exploitant au mieux les secteurs du pétrole et des mines via des partenariats internationaux transparents et équitables. À défaut, un recours accru à l’aide multilatérale (FMI, Banque Mondiale) ou à des émissions de sukuk (conformes à la finance islamique, déjà populaire au Niger) pourrait s’avérer nécessaire, tout en veillant à des conditions favorables pour éviter une dépendance excessive. Les recommandations clés pour une réforme urgente incluent une diversification des sources de financement, notamment via des partenariats public-privé (PPP) pour des projets infrastructurels, et un allongement des maturités des titres pour lisser les pics de remboursement. Mais au-delà, il faut renforcer la transparence pour éviter tout gaspillage ou détournement : cela passe par la publication régulière et complète de la dette publique, en incluant la dette cachée – comme les encours entre l’État et les institutions publiques (par exemple, Nigelec, Sonidep, Soraz), qui échappent souvent au radar officiel et alimentent les suspicions de corruption.
Parallèlement, une revue drastique du train de vie de l’État s’impose : réduction des dépenses somptuaires, optimisation des budgets ministériels et rationalisation de la carte diplomatique du Niger, qui compte actuellement 41 ambassades et consulats pour un impact négligeable sur la diplomatie économique. Privilégier le paiement de la dette interne (auprès des fournisseurs locaux et des PME) avant les engagements externes permettrait de relancer l’économie réelle et de soulager les acteurs nationaux. Enfin, pour protéger les citoyens, il est urgent de réduire la pression fiscale sur la population, en élargissant l’assiette fiscale vers les grands opérateurs miniers et pétroliers plutôt que sur les ménages vulnérables.
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Source : UMOA-Titres, déc. 2025 ( Page 14) . Rapport complet : https://www.umoatitres.org/wp-content/uploads/2026/01/UT-LTV-31.12.2025.pdf
PAR EL HADJI BOUBACAR MALAM TCHOLE


