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Azawad : un espace national malien

Azawad : un espace national malien

L’Azawad est devenu, depuis 2012, un mot chargé politiquement. Pourtant, à l’origine, il ne désigne ni un État, ni une entité territoriale figée. Le terme renvoie historiquement à une zone de pâturage et de transhumance située au nord-ouest de Tombouctou, dans la boucle du Niger et en direction des plaines saharo-sahéliennes proches de Taoudéni (André Bourgeot, CNRS/EHESS ; International Crisis Group).

Dans ses travaux, André Bourgeot est constant et sans ambiguïté : « l’Azawad n’a jamais été un territoire touareg ». Cette affirmation s’appuie sur une réalité historique et géographique précise. L’Azawad, dans son acception originelle, correspond à une plaine de pâturage localisée, et non à un vaste territoire politique. Certaines analyses estiment cette zone à environ 350 km², soit une superficie comparable à celle d’un espace urbain comme Bamako, très loin des 800 000 km² parfois revendiqués dans les discours contemporains. Cette extension massive ne repose sur aucune base historique ou géographique établie.

Sur le plan physique, l’Azawad est une zone sahélienne à saharienne, marquée par un climat aride à semi-aride, caractérisé par de très faibles précipitations annuelles, souvent comprises entre 100 et 300 mm, et une forte variabilité climatique qui conditionne les cycles de transhumance (FAO ; World Bank). La végétation y est rare et saisonnière, dominée par des pâturages temporaires, et les sols, fragiles, ne permettent pas une installation humaine dense et permanente.

Sur le plan humain, cet espace est faiblement peuplé et relève d’un nomadisme de subsistance, structuré autour de l’élevage. Les populations qui fréquentent cette zone ne s’y installent pas de manière permanente mais y circulent selon les saisons. Il ne s’agit pas d’un territoire urbain ou structuré autour de centres fixes, mais d’un espace de mobilité. Cette réalité est confirmée par les analyses socio-économiques du Nord du Mali, qui décrivent des densités de population extrêmement faibles et des modes de vie pastoraux dominants (INSTAT Mali ; MINUSMA).

Réduire cet espace à une appartenance exclusive revient à ignorer la diversité humaine qui caractérise le Nord du Mali. Les Songhaï, les Peuls, les Arabes et les Touaregs coexistent dans cet espace élargi, chacun avec ses propres dynamiques historiques, sociales et économiques. Les sources internationales confirment cette pluralité et l’absence de domination territoriale exclusive d’un groupe (United Nations ; Human Rights Watch).

En 2012, le MNLA a proclamé unilatéralement l’indépendance de l’Azawad. Cette initiative n’a été reconnue par aucun État. L’Union africaine l’a rejetée au nom de l’intégrité territoriale du Mali, position réaffirmée par le Conseil de sécurité des Nations unies (Résolution 2056, 2012). Cette unanimité internationale confirme qu’il n’existe aucune base juridique à la transformation de cette zone pastorale en entité étatique.

Le problème n’est donc pas l’existence des Touaregs, qui sont une composante respectable de la nation malienne. Le problème est l’usage politique d’un nom pour fabriquer une revendication territoriale exclusive. Aucun peuple ne doit être nié. Mais aucune communauté ne peut non plus confisquer un espace national au nom d’une identité particulière.

L’Azawad, dans sa réalité historique, géographique et sociale, est un espace malien de circulation et de coexistence. Le transformer en projet politique exclusif revient à déformer sa nature profonde et à fragiliser les équilibres qui fondent la stabilité du Mali.

Par Ousmane Jazy