En tant qu’Ingénieur et Analyste nigérien, il m’importe de rétablir avec précision la réalité des faits concernant l’article publié par Jeune Afrique intitulé « Au Niger, la junte suspend plusieurs centaines d’ONG ». Cet article, bien que largement relayé, présente une vision incomplète et parfois biaisée de ce qu’entreprend véritablement le Ministère de l’Intérieur, de la Sécurité Publique et de l’Administration du Territoire (MI/SP/AT), dirigé par le Ministre d’État, le Général de Division Mohamed Toumba.
Une obligation législative antérieure, non une mesure subite
Contrairement à l’impression donnée dans l’article, il ne s’agit pas d’une suspension soudaine et arbitraire, mais d’un rappel à l’application de normes déjà existantes. La Ordonnance n° 84‑06 du 1er mars 1984 portant régime des associations stipule que toute association doit être déclarée, autorisée et doit respecter les modifications statutaires, sous peine de nullité. (Art. 1 et 2).
De plus, la Décret n° 2022‑182 portant régime des ONG/Associations de développement au Niger a renforcé en 2022 les obligations relatives à l’enregistrement, à l’autorisation préalable et au suivi des ONG/AD.
Ainsi, la démarche du ministère ne constitue pas une « exécution » mais l’activation d’un cadre juridique pré-établi.
La nature exacte de l’intervention administrative
Le MI/SP/AT a adressé aux gouverneurs une note circulaire (15 novembre 2025) invitant les structures non apparues dans la liste des ONG ayant publié leurs états financiers à temporiser leurs activités jusqu’à mise en conformité.
Il ne s’agit pas d’un texte de liquidation ou d’interdiction permanente, mais d’une mesure administrative conditionnelle, dans l’attente de la conformité. L’article de Jeune Afrique, en omettant cette nuance, laisse entendre une “suspension massive” plutôt qu’un gel conditionnel, ce qui altère la réalité.
Transparence financière et sécurité nationale : un lien légitime
Dans un contexte sahélien marqué par les trafics financiers, le flou dans le domaine associatif pose des risques sérieux de contournement des dispositifs d’État. Le rappel réglementaire lancé par le ministère s’inscrit donc dans un souci de redevabilité et de protection de l’intérêt général, plutôt que d’une chasse arbitraire.
La mention, dans l’article, d’un « soutien aux terroristes » reste un raccourci médiatique ; la vérité est qu’il s’agit d’une vigilance accrue sur les flux financiers et l’alignement des actions des ONG aux priorités nationales.
Ouverture de l’État et incitation à la conformité
L’État nigérien n’a pas fermé la porte aux ONG : au contraire, il invite à la régularité. Le forum national des ONG tenu à Tillabéri (29–31 octobre 2025) sous l’égide du ministère est le signe tangible d’une volonté de renforcement partenarial avec les organisations conformes.
La publication sur le portail ministériel d’une liste actualisée des ONG autorisées montre, par ailleurs, un souci de transparence : les acteurs conformes peuvent continuer leur travail, y compris dans les domaines humanitaires ou de développement.
Conclusion
L’article de Jeune Afrique, en ne replaçant pas les mesures dans leur contexte juridique et institutionnel, donne une impression erronée d’une liquidation arbitraire d’ONG. En réalité, les dispositions prises par le MI/SP/AT relèvent d’un effort de bonne gouvernance, d’un contrôle plus systématique et d’un renforcement de la légitimité de l’action associative.
Rendons à César ce qui lui appartient : ce ne sont pas des « centaines d’ONG suspendues » dans un geste politique, mais des structures invitées à se mettre en conformité avec la loi sur un total de milliers d’acteurs recensés afin de garantir que leur apport soit réel, transparent et compatible avec la vision de l’État nigérien.
Écrit par Ousmane Jazy, Ingénieur et Analyste nigérien


