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Le Niger, seule locomotive de l’UEMOA face à la Chine

Le Niger, seule locomotive de l’UEMOA face à la Chine

Les échanges commerciaux du premier semestre 2026 révèlent une différence majeure entre la CEMAC et l’UEMOA dans leurs relations avec la Chine. Alors que quatre pays sur six de la CEMAC enregistrent un excédent commercial, seul le Niger affiche un solde positif parmi les huit États de l’UEMOA, avec un excédent de 195,2 millions de dollars (Sika Finance, 4 août 2026). Cette performance place le Niger dans une position singulière au sein de l’espace ouest-africain et mérite d’être analysée au-delà des simples chiffres.

Depuis juillet 2023, les nouvelles autorités, sous la direction de Son Excellence le Général d’Armée Abdourahamane Tiani, Chef de l’État et Président de la République du Niger, avec le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP), ont orienté le pays vers une plus grande maîtrise de ses ressources, de ses partenariats et de ses choix économiques (Présidence de la République du Niger ; Conseil national pour la sauvegarde de la patrie). Dans ce nouveau contexte, l’excédent commercial enregistré avec la Chine apparaît comme un indicateur important de la capacité du Niger à valoriser davantage ses ressources stratégiques et à renforcer sa position dans les échanges internationaux.

Au premier semestre 2026, le Niger a exporté vers la Chine pour 397,6 millions de dollars de marchandises, contre 202,4 millions de dollars d’importations.

Cette différence lui permet de dégager un excédent de 195,2 millions de dollars (Sika Finance, 4 août 2026). Dans une UEMOA où le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, la Guinée-Bissau, le Mali, le Sénégal et le Togo restent déficitaires face à la Chine, le résultat nigérien constitue une exception significative.

Cette situation s’explique avant tout par la montée en puissance du secteur pétrolier. L’exploitation du champ d’Agadem, la construction du pipeline reliant le Niger au Bénin et l’accès à un débouché maritime ont profondément modifié les perspectives commerciales du pays (China National Petroleum Corporation ; Gouvernement du Niger). Le Niger dispose désormais d’une capacité d’exportation qui complète ses recettes issues de l’uranium, de l’or, de l’élevage et des produits agricoles.

La Chine occupe une place centrale dans cette évolution. À travers la China National Petroleum Corporation, elle participe à l’exploitation de la ressource, au développement des infrastructures et à l’acheminement du pétrole nigérien vers les marchés internationaux (CNPC ; Sika Finance, 4 août 2026). Cette présence a contribué à la mise en place d’une chaîne intégrée, depuis la production jusqu’à l’exportation, et explique en partie la position commerciale actuelle du Niger.

Il serait toutefois excessif de considérer cet excédent comme la preuve d’une diversification déjà accomplie. Le solde positif repose largement sur une ressource extractive et demeure lié aux cours du pétrole, aux volumes exportés, aux coûts logistiques et aux conditions des partenariats conclus. Un excédent commercial ne devient un véritable progrès économique que lorsqu’il permet de financer durablement la transformation du pays (Institut national de la statistique du Niger ; Fonds monétaire international).

Les recettes issues du pétrole doivent ainsi contribuer à renforcer l’agriculture, l’élevage, l’énergie, les infrastructures, la santé, l’éducation et l’industrie. Elles doivent également favoriser la création d’emplois, le développement des entreprises nationales et la transformation locale des ressources. La réussite du Niger ne se mesurera pas uniquement à la valeur de ses exportations, mais à sa capacité à convertir ces revenus en amélioration concrète des conditions de vie et en souveraineté économique (Plan de développement économique et social du Niger ; Banque mondiale).

La comparaison avec la CEMAC permet de mieux comprendre cette réalité. L’Afrique centrale bénéficie d’une structure plus favorable grâce à la présence de plusieurs producteurs d’hydrocarbures. Le Congo, le Gabon, le Tchad et la Guinée équatoriale affichent un excédent avec la Chine, tandis que le Cameroun et la Centrafrique restent déficitaires (Sika Finance, 4 août 2026). Cette situation donne à la CEMAC une balance commerciale globalement plus équilibrée, mais elle demeure fortement dépendante des matières premières.

L’UEMOA, à l’inverse, fait face à un déficit plus généralisé. La Côte d’Ivoire accuse un déficit de 3,39 milliards de dollars, le Sénégal de 2,75 milliards et le Togo de 2,21 milliards face à la Chine (Sika Finance, 4 août 2026).

Ces chiffres ne traduisent pas seulement une faiblesse des exportations. Ils révèlent surtout le retard de la transformation industrielle et la difficulté des économies ouest-africaines à vendre à la Chine des produits à forte valeur ajoutée.

La relation commerciale actuelle repose encore trop souvent sur l’exportation de matières premières et l’importation de produits finis. Les pays africains vendent du pétrole, du coton, du cacao, de l’or, de la noix de cajou ou du caoutchouc, puis achètent des machines, des véhicules, des équipements, des matériaux de construction et des biens de consommation. Cette structure crée davantage de valeur à l’extérieur qu’au sein des économies africaines, qui restent exposées aux fluctuations des marchés internationaux (Organisation mondiale du commerce ; Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement).

Dans ce paysage, le Niger doit préserver son avantage sans tomber dans le piège de la dépendance pétrolière.

La coopération avec la Chine peut être utile si elle s’accompagne d’un transfert réel de compétences, d’une participation accrue des entreprises nigériennes, d’un contenu local plus important et d’investissements dans les secteurs non pétroliers. Le pétrole doit servir de levier pour bâtir une économie plus solide, et non devenir une nouvelle vulnérabilité (CNPC ; Banque mondiale ; Fonds monétaire international).

La nouvelle orientation engagée depuis juillet 2023 offre au Niger l’occasion de revoir ses partenariats sur des bases davantage centrées sur ses intérêts nationaux. Sous la direction de Son Excellence le Général d’Armée Abdourahamane Tiani et avec le CNSP, le pays cherche à affirmer une plus grande autonomie dans la gestion de ses ressources et dans la définition de ses priorités (Présidence de la République du Niger ; CNSP). L’enjeu consiste désormais à inscrire cette volonté politique dans une stratégie économique cohérente, capable de renforcer la production nationale et de réduire la dépendance aux importations.

L’excédent commercial du premier semestre 2026 constitue donc un signal encourageant, mais il doit être considéré comme un point de départ.

Il montre que le Niger possède une capacité d’exportation plus importante et peut occuper une place stratégique dans ses échanges avec la Chine. Pour que cette performance produise des effets durables, elle devra s’accompagner d’une transformation économique fondée sur la diversification, la formation, l’industrialisation et la maîtrise nationale des chaînes de valeur.

Le Niger est aujourd’hui le seul pays de l’UEMOA à afficher un excédent commercial avec la Chine. Cette position lui confère une responsabilité particulière : démontrer qu’une ressource naturelle peut devenir un instrument de développement, à condition d’être gérée avec rigueur, vision et patriotisme économique. La véritable victoire ne sera pas seulement d’exporter davantage, mais de faire en sorte que chaque baril exporté contribue à construire un Niger plus autonome, plus productif et mieux préparé à l’avenir (Institut national de la statistique du Niger ; Sika Finance, 4 août 2026).

Par Ousmane Jazy