Dans la dynamique nationale actuelle, un ministère s’impose comme l’un des véritables moteurs de la Refondation : celui de l’Intérieur, de la Sécurité Publique et de l’Administration du Territoire. Par l’ampleur des textes préparés, la continuité de l’action sur le terrain et la profondeur du travail institutionnel accompli depuis 2024, ce département est devenu le point d’équilibre entre sécurité, cohésion sociale et modernisation de l’État.
La création annoncée du Conseil National de la Chefferie Traditionnelle du Niger (CNCT) met parfaitement en évidence cette volonté d’ancrer la Refondation dans les valeurs sociales profondes du pays. Le projet d’ordonnance portant institution de cet organe et fixant ses missions a été adopté en Conseil des ministres du 26 décembre 2025 (Conseil des ministres du 26 décembre 2025, projet d’ordonnance CNCT). Dans la même période, le Ministre de l’Intérieur a relancé à Maradi la dynamique nationale autour de la chefferie traditionnelle, en annonçant ce projet au cours de l’Assemblée générale de l’Association des Chefs Traditionnels du Niger, en rappelant que cette institution demeure un repère historique et un acteur clé de la médiation sociale (Maradi, 10 décembre 2025). L’orientation est claire : intégrer pleinement les chefs traditionnels dans la gouvernance locale et la prévention des conflits, non comme une relique du passé, mais comme une force vivante au service de la paix.
Sur le plan administratif et sécuritaire, la mise en place des titres sécurisés de l’Alliance des États du Sahel (AES) constitue un autre chantier majeur porté par ce ministère. Dès le 7 février 2025, une communication officielle sur le processus d’institutionnalisation du passeport AES et de la Carte nationale d’identité biométrique AES a été présentée en Conseil des ministres, qui a « apprécié l’état de mise en œuvre » de ces réformes (Communiqué n°001/CM/2025, Conseil des ministres du 7 février 2025). Le 26 décembre 2025, ce travail a abouti à l’adoption d’un projet de décret instituant officiellement la Carte Nationale d’Identité biométrique AES et d’un projet de décret réglementant le e-passeport AES ordinaire et de service, avec l’objectif de sécuriser l’identité des citoyens, de faciliter la libre circulation et d’harmoniser les documents au sein de la Confédération AES (Conseil des ministres du 26 décembre 2025 ; ANP, « Institution d’une carte d’identité nationale biométrique AES », 26 décembre 2025). Ces décisions traduisent une volonté ferme de doter le Niger d’outils modernes de gestion de l’identité et du territoire.
L’action du ministère se déploie également à travers une présence continue sur le terrain. À Zinder, en juin 2025, une session extraordinaire du Conseil régional de sécurité a été présidée pour examiner la situation sécuritaire, économique et sociale de la région et proposer des réponses adaptées au contexte local (Conseil régional de sécurité, Zinder, juin 2025). Dans les régions les plus exposées, comme Tillabéri ou Diffa, ce type de cadre permet d’associer autorités administratives, forces de défense et de sécurité et responsables locaux, afin de traiter de manière globale les questions de sécurité humaine, de circulation, de criminalité et de menaces asymétriques.
Sur le plan migratoire, le même ministère a porté la Politique nationale de migration, notamment à travers une campagne de vulgarisation lancée à Agadez, zone charnière pour les flux migratoires dans le Sahel. L’objectif est de gérer la migration « avec les populations, et non contre elles », en combinant encadrement juridique, protection des personnes et lutte contre les réseaux criminels (campagne de vulgarisation de la Politique nationale de migration, Agadez, 2025). Cette approche humaine et sécuritaire montre que la Refondation s’appuie sur des politiques publiques concrètes.
Un autre chantier essentiel a été l’assainissement du secteur des ONG et associations de développement, avec la publication de listes d’organisations mises en conformité et la suspension de celles qui ne respectent pas la réglementation, afin de garantir que l’action associative soit réellement tournée vers l’intérêt des populations et la stabilité du pays (décisions d’assainissement des ONG, novembre 2025). Le Ministère de l’Intérieur joue ici un rôle déterminant : garantir la liberté d’association tout en veillant au respect des normes.
L’une des contributions les plus importantes de ce ministère à la Refondation est d’ordre institutionnel : l’initiation, la préparation et la mise en œuvre effective du Conseil Consultatif pour la Refondation (CCR). Ce Conseil est mentionné à l’article 68 de la Charte de la Refondation, adoptée le 26 mars 2025 (article 68, Charte de la Refondation, 26 mars 2025). Il est ensuite organisé par l’ordonnance n° 2025-07 du 18 avril 2025, qui en fixe les missions, la composition et les modalités de fonctionnement (ordonnance n° 2025-07 du 18 avril 2025 relative au CCR). Dans ce cadre, le Président de la République a signé, le 23 juin 2025, le décret convoquant la première session du CCR pour le 28 juin 2025 (décret de convocation du CCR, 23 juin 2025). L’installation officielle a eu lieu à Niamey le 28 juin 2025, faisant du CCR un véritable parlement consultatif de transition chargé d’éclairer les grandes décisions nationales (installation officielle du CCR, 28 juin 2025). Pour son fonctionnement pratique, les décrets n° 2025-306 et n° 2025-307/PRN/ME/F du 24 juin 2025 ont fixé les traitements, indemnités et moyens alloués aux membres. Aujourd’hui, l’institution fonctionne normalement : sa deuxième session ordinaire au titre de l’année 2025 s’est tenue en décembre, avec des dossiers majeurs comme le programme électronucléaire, la situation économique et les réformes de l’État (deuxième session ordinaire du CCR, décembre 2025). C’est dans ce cadre que, du Conseil Consultatif pour la Refondation (CCR), le Ministère de l’Intérieur apparaît aujourd’hui comme l’un des principaux artisans de la Refondation, à travers son rôle central et les activités stratégiques qu’il mène depuis plusieurs mois.
En parallèle, une attention particulière est accordée aux Forces de Défense et de Sécurité, notamment à travers l’amélioration de leurs conditions de vie, la remise de logements et la réorganisation des dispositifs territoriaux. L’idée demeure constante : renforcer la dignité de ceux qui protègent le pays, c’est renforcer la sécurité nationale.
À travers l’élaboration des grandes réformes institutionnelles, la modernisation administrative, la gestion sécuritaire du territoire, la valorisation de la chefferie traditionnelle, l’encadrement de la migration, l’assainissement du secteur associatif et surtout la création et l’opérationnalisation du Conseil Consultatif pour la Refondation, le Ministère de l’Intérieur apparaît aujourd’hui comme l’un des principaux artisans de la Refondation.
Son action se résume ainsi : protéger le pays, rapprocher l’État de ses citoyens, rassembler les forces vives et contribuer à bâtir une République solide, souveraine et durable.
Par Ousmane Jazy, Ingénieur et Analyste nigérien


