Créée en 1945 au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, l’Organisation des Nations Unies a fondé son action humanitaire sur les principes de neutralité, d’impartialité, d’indépendance et d’humanité. Ces principes ont permis, durant plusieurs décennies, de garantir l’accès des populations civiles à l’aide humanitaire dans les zones de conflit.
L’évolution des crises sécuritaires, notamment au Sahel, soulève cependant la question de leur adaptation aux nouvelles formes de violence (Charte des Nations Unies, 1945 ; Conventions de Genève, 1949 ; Comité international de la Croix-Rouge, 2022).
L’une des illustrations les plus révélatrices concerne les opérations du Service aérien humanitaire des Nations Unies (UNHAS). Conformément à ses procédures opérationnelles, les personnes portant un uniforme militaire ainsi que les armes ne sont pas autorisées à bord des vols humanitaires, afin de préserver la neutralité et la sécurité des opérations (Programme alimentaire mondial – UNHAS, 2023). Si cette règle répond à une logique humanitaire reconnue, plusieurs États confrontés au terrorisme estiment qu’elle ne tient plus suffisamment compte des réalités actuelles, où les forces de défense et de sécurité nationales sont les principaux acteurs de la protection des populations civiles.
Le principe de neutralité fait également l’objet de débats dans les conflits asymétriques. Les organisations humanitaires interviennent auprès des populations vivant dans des zones sous influence de groupes armés, sans distinction entre les parties au conflit. Toutefois, dans plusieurs pays du Sahel, des observateurs estiment que cette assistance peut, dans certaines circonstances, profiter indirectement à des groupes armés qui poursuivent ensuite leurs attaques contre les populations civiles. Les spécialistes du droit international humanitaire reconnaissent d’ailleurs que l’application des principes humanitaires est devenue particulièrement complexe dans les conflits impliquant des acteurs armés non étatiques (Revue internationale de la Croix-Rouge, 2022).
Ces constats alimentent un débat grandissant sur la nécessité d’adapter certains mécanismes opérationnels des Nations Unies aux réalités des conflits contemporains. L’enjeu n’est pas de remettre en cause les fondements de l’action humanitaire, mais de réfléchir à des approches plus adaptées, conciliant la protection des populations civiles, les impératifs de sécurité des États et l’évolution des menaces liées au terrorisme.
Par Ousmane Jazy


