Le développement d’un pays comme le Niger repose avant tout sur le civisme et la responsabilité individuelle de ses citoyens. Légitimement, il ne dépend pas seulement de l’action de l’État, mais de la discipline et de l’engagement quotidien de chacun à participer activement au bien-être de la communauté.
Notre nation se construira à travers
des gestes symboliques : la civilité aux autorités administratives, coutumières et religieuses, le respect des biens publics, l’entretien d’un cadre de vie propre et harmonieux, le refus de jeter des déchets dans les lieux publics, le paiement des impôts dans les délais, la lutte contre la corruption, la protection des équipements collectifs et des personnes vulnérables..
Cette responsabilité citoyenne s’exerce dans tous les secteurs ; il revient aux hautes autorités, de leur côté, de faire appliquer les règles strictes contre toutes les incivilités et autres manquements. De cette exigence partagée naît, nécessairement, le sens de la responsabilité.
Dans ce sens, on observe deux tempéraments qui traversent la société nigérienne. Les premiers agissent par conviction morale : un sens aigu des lois et règlements, une fidélité aux valeurs sociales et culturelles. Loyaux, crédibles et dignes de confiance, habités par un sens de responsabilité qu’ils n’ont pas choisi, mais qu’ils portent comme une seconde nature sans y penser ; ils tiennent parole même quand ils agissent sans témoin, ni recherche d’approbation extérieure. Les seconds obéissent à une autre boussole : celle de la recherche du plaisir immédiat, du confort et de l’évitement de la douleur, de l’accomplissement de soi, du refus de toute contrainte perçue comme une atteinte à leur liberté…
Entre ces deux tempéraments, il n’y a pas de camp à choisir, mais un équilibre à construire. Le sens de responsabilité ne s’oppose pas à la liberté, mais reste sa condition essentielle. il la nourrit à travers ses actes et leurs conséquences. Ce sont des valeurs qui cultivent la persévérance, la résilience et le leadership, qui transforment le succès ponctuel en trajectoire durable sans compromettre la capacité des générations futures et sans jamais céder à la facilité. Car, toute responsabilité assumée nous redonne la maîtrise de nos gestes et y croire, est précisément ce qui nous donne l’énergie d’avancer ensemble.
Le sens de responsabilité, en cela, est une valeur à la fois morale et professionnelle. Il nous pousse à honorer nos obligations avec rigueur, engagement et don de soi, quitte à ce que cela se fasse au détriment de nos intérêts personnels. D’où ce paradoxe qui en dit long sur sa nature : accomplir mon devoir me libère et pourtant, je ne suis pas libre tant que ce devoir m’est imposé de l’extérieur. Toute la difficulté, et toute la noblesse, de la responsabilité tiennent dans cette dissension.
A l’évidence, le devoir n’est jamais qu’une conséquence : celle des responsabilités que l’on endosse à travers les promesses que l’on fait. Le sens de responsabilité nous invite à tenir parole, à exercer pleinement notre fonction dans la droiture et la loyauté. Plus qu’une simple qualité, c’est un ressort intérieur : celui qui pousse chaque citoyen à assumer les obligations liées à son état et à son statut et plus encore, lorsque les circonstances se font inhabituelles ou difficiles.
Le sens de responsabilité est enfin un impératif de conscience. Il nous pousse à agir humblement, à nous mobiliser, pour remplir une tâche et atteindre les objectifs fixés non pas en fonction du degré d’autorité ou du niveau de responsabilité que l’on exerce, mais du seul engagement à servir loyalement l’Etat, selon les règles et selon l’éthique. Faire ce que l’on doit, et non ce que l’on veut : voilà, en somme, toute la discipline du sens de responsabilité, une discipline désintéressée, qui ne cherche jamais les honneurs. En pareille circonstance, chaque Nigérien doit faire preuve de sens de responsabilité, car pour réussir les enjeux de la Refondation, il y a lieu de transformer les comportements du sommet de l’État jusqu’à la base en vue de restaurer la bonne gouvernance, respecter l’orthodoxie administrative, et promouvoir nos valeurs communes. Dès lors, chacun de nous doit accepter l’entière responsabilité de ses choix, de ses paroles ou de ses comportements, ainsi que d’en accepter toutes les conséquences, qu’elles soient positives ou négatives.
Qu’Allah, dans sa sagesse et sa miséricorde, gratifie le peuple nigérien du sens de la responsabilité. Qu’Il nous accorde la clairvoyance de distinguer le juste chemin, la raison et le discernement d’y faire face, et la vigilance de ne jamais céder à l’inattention, ni à la négligence. Qu’Il nous ouvre les portes du bien et de la réussite, exauce nos vœux, et éloigne de nos familles, et des populations du Sahel, toute épreuve, toute frustration et tout mal apparent ou caché.
Amen !
Par Moustapha Kadi Oumani


