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Sahel : le pari Togolais du dialogue

Sahel : le pari Togolais du dialogue

Lomé lance une initiative diplomatique et sécuritaire inédite visant à rapprocher le Sahel et le Golfe de Guinée, sous le regard favorable du Burkina Faso et des pays de l’AES.

La capitale togolaise a servi de cadre, ce samedi, au lancement officiel de la Stratégie Togo-Sahel, une initiative portée par le ministère togolais des Affaires étrangères et destinée à renforcer les liens entre les pays du Sahel et ceux du Golfe de Guinée dans un contexte régional marqué par de profondes mutations sécuritaires et géopolitiques.

À travers ce nouveau cadre stratégique couvrant la période 2026-2028, le Togo ambitionne de s’imposer comme un acteur pivot de stabilité, de dialogue et d’intégration régionale. L’initiative vise à promouvoir une coopération pragmatique et adaptée aux défis actuels, notamment en matière de sécurité, de développement économique et de cohésion entre États voisins confrontés à des menaces communes.

Prenant la parole lors de la cérémonie, le ministre togolais des Affaires étrangères, Professeur Robert Dussey, a insisté sur la dimension opérationnelle de la stratégie, qu’il a présentée comme un véritable instrument de coopération et non comme un document de principe. Il a réaffirmé l’engagement de son pays aux côtés des États sahéliens, soulignant la nécessité de privilégier le dialogue et la solidarité régionale face aux logiques de fragmentation.

La vision togolaise a été largement saluée par les délégations sahéliennes présentes, notamment celle du Burkina Faso. Le ministre burkinabè des Affaires étrangères, Jean Marie Traoré, a mis en avant l’originalité de cette approche qui, selon lui, rompt avec les schémas traditionnels souvent élaborés en dehors du Sahel. Il a relevé que la stratégie togolaise se distingue par sa pertinence et son ancrage local, en plaçant les populations sahéliennes au cœur des réflexions et des actions envisagées.

Dans la même dynamique, les représentants du Mali et du Niger ont exprimé leur adhésion à cette vision, saluant une initiative inclusive et respectueuse des réalités propres au Sahel. La Confédération des États du Sahel (AES) était également représentée par une délégation conduite par Bassolma Bazié, président de la Commission nationale, qui a profité de l’occasion pour mettre en lumière les acquis enregistrés par le Burkina Faso malgré un environnement sécuritaire contraignant.

Il a par ailleurs dénoncé certaines attitudes extérieures jugées condescendantes, tout en réaffirmant l’attachement des pays sahéliens à leur souveraineté et à leurs valeurs.

La rencontre de Lomé a réuni, outre les délégations étatiques, des représentants d’organisations régionales et internationales, de la société civile africaine ainsi que plusieurs envoyés spéciaux pour le Sahel. Tous ont exprimé leur hb disponibilité à accompagner la mise en œuvre de cette stratégie, dans l’optique de bâtir un espace ouest-africain plus stable, solidaire et prospère, rapporte l’agence africaine de presse.

Les ministres des affaires étrangères du Burkina Faso, du Mali et du Niger, aux côtés de la Cédéao et de l’Union africaine, ont pris part samedi à Lomé à une réunion de haut niveau consacrée à la stratégie togolaise pour la paix et la sécurité au Sahel.

Le ministre togolais des affaires étrangères Robert Dussey a ouvert les travaux en affirmant la volonté de son pays de « bâtir des ponts là où d’autres érigent des murs », présentant la nouvelle stratégie du Togo pour le Sahel non comme un simple document d’orientation, « mais une main tendue et un cadre de collaboration formel ».

Il a proposé que Lomé serve de « pont entre le Sahel et l’ensemble de la communauté internationale ».

Les pays de l’AES appellent à travailler « avec » le Sahel

Le ministre burkinabè des affaires étrangères Karamoko Jean Marie Traoré, dont le pays assume la présidence de la Confédération des États du Sahel (AES), a posé une condition de fond : « les stratégies qui se veulent réelles, sincères et durables doivent se réfléchir, se construire et se mettre en œuvre en mettant au cœur les échanges des Sahéliens d’abord ».

Son homologue malien Abdoulaye Diop a souscrit à cette déclaration avant d’insister sur une distinction sémantique aux implications politiques majeures : « travailler avec le Sahel, et non sur le Sahel ou dans le Sahel ». Il a salué la démarche togolaise tout en rappelant que « la Confédération des États du Sahel veille à la souveraineté de ses États membres et à éviter toute ingérence intérieure », précisant que les initiatives internationales « ne doivent pas se substituer à l’action des États concernés ».

Le chef de la diplomatie nigérienne Bakary Yaou Sangaré a, lui, souligné que le Togo « rappelle une vérité simple : la stabilité du Sahel est l’affaire de tout le continent africain, voire du monde entier ».

La Cédéao et l’UA plaident pour un destin commun

Malgré les tensions institutionnelles nées du retrait des pays de l’AES de la Cédéao, le président de la Commission de l’organisation sous-régionale, Omar Alieu Touray, a tenu un discours d’unité : « quels que soient les arrangements institutionnels qui nous séparent en ce moment, les liens de géographie, de culture, d’histoire, de parenté et de destin commun ne sauraient être déçus par aucune action. Nous sommes un seul peuple. »

Le représentant spécial de l’Union africaine pour le Mali et le Sahel et chef de la MISAHEL, Mamadou Tangara, a appelé à « une symphonie de solidarité dans la dignité », reconnaissant explicitement qu’« aujourd’hui, qu’on le veuille ou non, l’AES est devenue une réalité incontournable ». Il a plaidé pour « un nouveau cadre de coopération et de consultation », affirmant que « la solution doit venir des pays du Sahel eux-mêmes ».