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Alger rompt avec Abou Dhabi…

Alger rompt avec Abou Dhabi…

Le 10 septembre 2026, l’Algérie a officiellement rompu ses relations diplomatiques avec les Émirats arabes unis, mettant fin à plusieurs années de tensions croissantes. Alger présente cette décision comme une « mesure de dernier recours », après l’épuisement de toutes les voies permettant de préserver les relations bilatérales (TV5Monde, Le Monde).

Les autorités algériennes dénoncent une multiplication des « agissements provocateurs ou hostiles » attribués à Abou Dhabi. L’ambassadeur émirati à Alger a reçu un délai de 48 heures pour quitter le territoire algérien. Alger a également annoncé la fermeture de son espace aérien aux appareils émiratis (RFI, Africanews).

Le président Abdelmadjid Tebboune avait récemment déclaré « Là où ils mettent le pied, le sang coule », qualifiant les Émirats d’« État minuscule » à l’« impact très négatif » (Le Monde, TSA Algérie).

Derrière cette rupture diplomatique se trouve un affrontement beaucoup plus large autour de l’influence régionale. Alger accuse Abou Dhabi d’intervenir dans plusieurs crises, notamment au Mali, en Libye, au Soudan et au Sahel. Les accusations concernent également des activités présumées de déstabilisation sécuritaire, de cyber-espionnage et des pressions politiques dans certains pays de la région (Just Info, Africa Scoop).

Le dossier le plus sensible concerne le financement indirect d’organisations terroristes au Sahel. En août 2026, un rapport d’experts des Nations unies a fait état du versement, fin 2025, d’une rançon d’environ 50 millions de dollars pour obtenir la libération d’un otage détenu au Mali par le GSIM, affilié à Al-Qaïda. Trois sources régionales citées par Reuters ont identifié les Émirats comme étant à l’origine de ce versement. Selon les sources citées, cette somme aurait contribué au financement de l’offensive terroriste menée au Mali en avril 2026, notamment pour l’achat d’armes et d’équipements (Reuters, TSA Algérie, La Sentinelle).

Au Soudan, Abou Dhabi est également accusé de soutenir les Forces de soutien rapide du général Hemedti. Des armes auraient transité par plusieurs réseaux régionaux avant de parvenir aux FSR. Le rôle des Émirats dans le commerce de l’or soudanais alimente également les interrogations sur les circuits économiques liés à la guerre. Les importations d’or soudanais par les Émirats seraient passées de 17 tonnes en 2023 à 29 tonnes en 2024 (AllAfrica, L’Algérie Aujourd’hui).

La tentative de déstabilisation avortée au Niger dans la nuit du 28 au 29 août 2026 vient également renforcer les interrogations autour du rôle supposé d’Abou Dhabi dans les dynamiques de déstabilisation régionales. Selon des témoignages rapportés par certaines sources, un officier nigérien aurait reçu des appels provenant de numéros émiratis l’invitant à rejoindre les rebelles. Des centres religieux financés par les Émirats auraient également été soupçonnés de servir de lieux de recrutement ou de formation pour des éléments liés aux réseaux terroristes (AllAfrica, Algérie Patriotique).

Les autorités de Niamey ont réussi à réprimer le soulèvement et ont accusé plusieurs puissances étrangères d’avoir encouragé cette tentative de putsch. Les Émirats ont notamment été cités parmi les acteurs dont le rôle potentiel devait être examiné.

La rupture entre Alger et Abou Dhabi intervient donc dans un contexte de recomposition profonde des alliances au Maghreb et au Sahel. L’Algérie défend une politique étrangère fondée sur la souveraineté, la non-ingérence et le respect de l’intégrité territoriale des États. Abou Dhabi, à l’inverse, a développé une politique extérieure beaucoup plus active, reposant sur des partenariats économiques, sécuritaires, militaires et financiers.

Cette opposition apparaît également sur le dossier palestinien. L’Algérie rejette fermement la normalisation engagée par les Émirats avec Israël et maintient son soutien à la cause palestinienne (Le Monde, TSA Algérie).

La décision d’Alger constitue ainsi une réponse particulièrement ferme à ce qu’elle considère comme une accumulation d’actions hostiles. Pour les autorités algériennes, le financement présumé de groupes armés, le soutien à certaines forces impliquées dans des conflits et l’expansion de réseaux d’influence constituent désormais une menace directe pour les intérêts sécuritaires de l’Algérie et pour la stabilité de son environnement régional.

En rompant avec Abou Dhabi, Alger envoie aussi un message aux autres puissances actives en Afrique du Nord et au Sahel. L’Algérie entend défendre son autonomie stratégique et refuse que son environnement régional devienne un espace de confrontation entre puissances extérieures.

Cette crise pourrait désormais avoir des répercussions au-delà des relations algéro-émiraties, notamment sur les équilibres au Sahel, en Libye et au Soudan. Elle témoigne surtout d’une transformation rapide des rapports de force en Afrique, où plusieurs États cherchent à reprendre davantage de contrôle sur leurs choix diplomatiques, économiques et sécuritaires.

Par Ousmane Jazy