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La tuerie commise par la France à Thiaroye en 1944 était préméditée, sous-estimée et camouflée

La tuerie commise par la France à Thiaroye en 1944 était préméditée, sous-estimée et camouflée

Le massacre de Thiaroye (prononcer tiaroï) est un massacre commis par les troupes coloniales et des gendarmes français à l’encontre de tirailleurs africains, le 1er décembre 1944, au camp militaire de Thiaroye, près de Dakar, dans la colonie du Sénégal. Il survient à la suite d’une manifestation de tirailleurs, anciens prisonniers de la Seconde Guerre mondiale récemment rapatriés, réclamant le paiement de leurs indemnités et le versement du pécule qui leur était dû depuis des mois, que l’administration coloniale refuse de leur verser. Bien que la nouvelle du massacre soit connue dans toutes les colonies françaises d’Afrique occidentale, elle reste inconnue en métropole, excepté par les hommes politiques et la haute administration concernée, les responsables ayant pris les mesures nécessaires pour qu’il ne soit pas ébruité. Ce n’est qu’après plus de quarante ans que la recherche historique peut s’emparer du sujet, faisant face à de nombreuses difficultés entre les archives falsifiées et celles manquantes ou cachées.


Le nombre de victimes fait l’objet de controverses entre historiens. Deux documents militaires français font état, l’un de 35, l’autre de 70 tirailleurs tués. L’historien sénégalais M’Baye Gueye dénombre 191 tués ; plusieurs historiens français, dont Armelle Mabon et Martin Mourre, évoquent l’hypothèse de plusieurs centaines de victimes sans pour autant que ni l’une ni l’autre de ces hypothèses puisse être étayée de manière décisive à ce jour.

Le massacre perpétré par l’armée française le 1er décembre 1944 à Thiaroye, au Sénégal, contre des tirailleurs africains réclamant le paiement de leurs soldes, a été minutieusement préparé, sous-estimé et camouflé, selon un Livre blanc remis par un comité de chercheurs au président Bassirou Diomaye Faye.

Le document de 301 pages, fruit des travaux d’un comité dirigé par l’historien sénégalais Mamadou Diouf, remet en cause la version officielle du drame avancée par la France. Il estime que le nombre de victimes, longtemps fixé entre 35 et 70, serait en réalité de 300 à 400 tirailleurs africains tués.

Ces anciens combattants, venus de plusieurs pays ouest-africains, notamment le Sénégal, la Côte d’Ivoire, la Guinée et la Haute-Volta (actuel Burkina Faso), avaient servi dans l’armée française durant la Seconde Guerre mondiale. À leur retour, ils réclamaient simplement le paiement de leurs arriérés de solde avant de regagner leurs pays d’origine.

Pour faire taire leurs revendications, l’armée française a opéré un carnage dans les rangs de ces soldats désarmés.

Selon le Livre blanc, la tuerie visait à démontrer que l’ordre colonial ne pouvait être écorné par les effets émancipateurs de la guerre mondiale sur les colonisés. L’opération a été minutieusement programmée et exécutée dans des actions coordonnées.

Le rapport révèle également des tentatives systématiques de dissimulation :falsification des registres de départ et d’arrivée des troupes, modification du nombre de soldats présents à Thiaroye et destruction partielle d’archives.

« Plusieurs de nos demandes d’accès aux archives françaises se sont heurtées à un mur d’ombres », dénoncent les chercheurs.

Le document note que plusieurs tirailleurs africains ont été tués hors du camp, notamment à la gare de Thiaroye, avant d’être transportés puis inhumés dans la caserne.

En 2024, à la veille de la commémoration des 80 ans de cette tragédie, Emmanuel Macron a adressé une lettre au président Faye, dans laquelle il reconnaissait le massacre de Thiaroye, sans toutefois présenter d’excuses ni évoquer de réparations.

Le comité de chercheurs appelle la France à reconnaître officiellement sa responsabilité dans ce massacre et à « exprimer sa demande de pardon aux familles, aux communautés et aux peuples » des pays d’origine des tirailleurs.

Il recommande également une saisine de la Cour européenne des droits de l’Homme afin de faire reconnaître la tuerie de Thiaroye comme une « violation massive des droits humains ».

Le drame de Thiaroye a laissé des séquelles indélébiles au Sénégal et dans les autres pays d’origine de ces soldats.

« Thiaroye n’est pas une page tournée, mais un chemin qui se poursuit, celui d’une Nation qui interroge son passé pour éclairer son avenir, affirmer sa dignité et honorer ses héros.

La quête de vérité continue, pierre après pierre, jusqu’à la pleine lumière. Car la mémoire n’a de sens que si elle libère, élève et unit », a écrit jeudi le Président Bassirou Diomaye Faye sur sa page Facebook.

En visite le 7 octobre 2025 à Thiaroye, le Premier ministre burkinabè Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo affirmait que le massacre des tirailleurs africains « demeure une blessure ouverte dans la conscience de l’humanité, un rappel éternel de l’ingratitude des nations qui, hier encore, invoquaient leur courage, mais aujourd’hui feignent d’enseigner la reconnaissance à leurs descendants».

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