Le Niger accuse, sur les huit premiers mois de 2026, un déficit de 196,62 millions de litres de supercarburant et de 52,60 millions de litres de gasoil, a annoncé, lundi 5 octobre, le ministre du Pétrole, M. Amadou Tini, devant la plénière du Conseil consultatif de la refondation (CCR).
Selon le ministre, le super est devenu « le principal facteur de tension » du dispositif national d’approvisionnement.
Le déficit est passé de 47,25 millions de litres en 2024 à 159,74 millions en 2025, avant d’atteindre 196,62 millions de litres rien que de janvier à août 2026, dépassant ainsi le niveau de toute l’année précédente.
Pour le gasoil, la situation s’est également dégradée : après un solde négatif de 24,39 millions de litres en 2024, puis un léger excédent de 9,44 millions en 2025, un déficit de 52,60 millions de litres est apparu sur les huit premiers mois de 2026.
Importations croissantes, pression financière sur la SONIDEP
M. Tini a alerté sur le recours accru aux importations, qui deviennent « une composante de plus en plus importante de l’approvisionnement du marché ».
Or, ces produits sont souvent acquis à un coût supérieur au prix de cession intérieur de la SORAZ, ce qui risque d’accroître la pression sur la trésorerie de la SONIDEP, déjà fragilisée par une dette record de 418 milliards de FCFA envers la raffinerie de Zinder.
« Le problème n’est pas simplement de savoir si le Niger produit ou importe suffisamment de carburant. Il est de parvenir à un équilibre durable entre la production nationale, les importations, les stocks, la consommation réelle, les mouvements transfrontaliers, le niveau des prix et la capacité financière de la SONIDEP », a-t-il insisté.
Le ministre a également dressé un tableau contrasté des autres produits pétroliers :
GPL : les ressources recensées sont passées de 69 400 tonnes en 2023 à plus de 90 400 tonnes en 2025, avec une part d’importations oscillant entre 28,4% et 39,3%.
Le coût moyen des importations a baissé, de 809 FCFA/kg en 2025 à environ 670 FCFA/kg en 2026, alors que le prix de revente reste fixé à 180 FCFA/kg.
Jet A1 : entièrement importé, ses volumes ont chuté de 53 400 m³ en 2023 à environ 14 300 m³ au 30 septembre 2026, avant de se stabiliser. La filière algérienne est désormais privilégiée pour sécuriser cet approvisionnement.
Pétrole lampant : les importations progressent régulièrement, de 627 m³ en 2023 à environ 985 m³ au 30 septembre 2026.
La raffinerie de Zinder (SORAZ), avec une capacité installée de 20 000 barils/jour, livre environ 1,5 million de litres par jour à la SONIDEP. Son rendement moyen est de 86%, avec une répartition de 55% de gasoil, 26% d’essence et 5% de GPL.
« Cette capacité installée n’est pas une capacité disponible tous les jours de l’année », a rappelé le ministre, soulignant que la SORAZ « reste indispensable » mais ne peut, à elle seule, couvrir la demande nationale.
Un signal d’alerte, pas une accusation automatique
M. Tini a tenu à préciser que les écarts entre les livraisons de la SORAZ et les sorties de la SONIDEP « ne doivent pas être interprétés automatiquement comme des volumes fraudés ou sortis clandestinement du territoire ».
Ils constituent avant tout « un signal d’alerte » à croiser avec la production, les stocks, les importations, les ventes par zone, la consommation intérieure et les mouvements transfrontaliers.
Parmi les facteurs explicatifs, il a cité la reprise de l’activité économique, l’évolution de la demande, le ravitaillement de véhicules étrangers, les mouvements vers les zones frontalières et d’éventuelles sorties irrégulières.
« L’enjeu est donc de mesurer précisément la destination réelle des volumes », a-t-il conclu.
Source: ANP


