Cinq mois après la signature du protocole d’accord du 18 mai 2026, le gouvernement nigérien a dressé un bilan sans concession de la coopération pétrolière avec ses partenaires chinois.
Dans un communiqué officiel, lu le 13 octobre 2026 par le ministre des Affaires étrangères, Bakary Yaou Sangaré, Niamey dénonce des manquements financiers et contractuels majeurs et accorde 45 jours à la CNPC, WAPCO et la SORAZ pour se conformer aux engagements bilatéraux et communautaires.
L’heure des comptes a sonné dans le secteur pétrolier nigérien.
Réuni pour évaluer la mise en œuvre des 45 engagements issus du protocole de partenariat signé le 18 mai 2026, le comité de suivi gouvernemental a rendu public ses conclusions particulièrement sévères à l’encontre des sociétés chinoises opérant sur la chaîne pétrolière nationale : la CNPC, WAPCO et la raffinerie de Zinder (SORAZ).
Plus de 3 000 milliards de FCFA hors du circuit financier national
Au cœur des griefs formulés par les autorités nigériennes figure la question cruciale du rapatriement des recettes d’exportation du brut.
Depuis le lancement des exportations en avril 2024, plus de 3 000 milliards de FCFA de recettes n’ont toujours pas été rapatriés au Niger par la CNPC.
Alors que l’État a intégralement remboursé au 30 mars 2026, le prêt commercial de 400 millions de dollars contracté en 2024, seuls 105 milliards de FCFA sont effectivement revenus dans les caisses nationales.
Ce taux dérisoire d’environ 6% contre une moyenne communautaire supérieure à 70% au sein de l’UEMOA a privé le Trésor public de près de 17,4 milliards de FCFA de recettes directes et asséché les liquidités des banques locales.
Sur le plan juridique, Niamey a tenu à rappeler la primauté absolue de la réglementation des changes de l’UEMOA sur les anciennes conventions dérogatoires datant de 2008 et 2019.
L’État exige l’application immédiate du mécanisme pérenne négocié avec la BCEAO, avertissant qu’en cas de refus persistant, les sanctions de l’institut d’émission communautaire seront appliquées sans réserve.
Sous-traitance locale et nigérisation : des engagements restés lettre morte
Le réquisitoire gouvernemental met également en lumière des défaillances flagrantes en matière de contenu local et de gestion des ressources humaines :
Contenu local opaque : Les quotas contractuels fixés pour 2026 (20% pour la CNPC, 25% pour WAPCO et 56% pour la SORAZ) ne sont appuyés par aucun justificatif probant.
Les déclarations transmises comportent des doublons et des montants pluriannuels non ventilés, tandis que la SORAZ n’a fourni aucun état d’exécution.
Remplacement des expatriés au point mort :
Aucun plan de nigérisation sur quatre ans n’a été déposé par les trois entreprises. Le processus de recrutement local censé pourvoir 558 postes occupés par des expatriés sur les champs pétroliers d’Agadem n’a jamais été amorcé.
Audits RH bloqués : La SORAZ et WAPCO refusent toujours d’engager l’audit indépendant de leurs effectifs.
Réserves non certifiées : Depuis 2008, les volumes des réserves pétrolières du bloc d’Agadem reposent sur les seules déclarations unilatérales de la CNPC, sans aucune certification par un cabinet d’audit indépendant.
Sur le plan énergétique interne, la SORAZ tourne actuellement à un régime réduit de 15 000 barils/jour (soit 75% de sa capacité nominale de 20 000 b/j), alimentant des tensions sur l’approvisionnement du marché domestique en carburant.
Face à ce constat, le gouvernement nigérien a formellement notifié une mise en demeure assortie d’un délai d’exécution strict de 45 jours aux trois directions générales.
Celles-ci doivent sans délai transmettre des états financiers rectifiés, déposer leurs plans de nigérisation, lancer les recrutements et coopérer pleinement à la certification indépendante des réserves d’Agadem.
« Le partenariat avec la Chine est ancien et l’État entend le poursuivre, mais sur la base de la transparence, du respect strict des engagements et de la défense intransigeante des intérêts du Niger », a conclu le chef de la diplomatie nigérienne.
À l’expiration du préavis, Niamey se réserve le droit de tirer toutes les conséquences juridiques, contractuelles et souveraines qui s’imposent.
Avec les partenaires chinois, il faut nécessairement user du bâton et de la carotte. Ils sont des partenaires sans scrupules et prêts à tout pour uniquement leurs intérêts.
En cette ère de refondation, l’état doit être ferme. C’est cela la souveraineté.


