Le vendredi 27 mars 2026, le Conseil des Ministres du Gouvernement du Niger a adopté un projet d’ordonnance instituant des organisations territoriales d’autodéfense dénommées « DOMOL LEYDI », une expression tirée du fulfuldé. La publication de cette ordonnance a suscité des débats de diverses formes telles que la signification de l’expression « DOMOL LEYDI », le bien-fondé de cette opération ainsi que l’assurance ou l’inquiétude qu’elle porte en elle-même et dans sa mise en œuvre effective (Actuniger.com, 2026 ; Nigerdiaspora.net, 2026).
Puisqu’il serait prétentieux d’apporter des réponses à toutes ces questions, on pourrait se limiter simplement à analyser quelques-unes d’entre elles. En effet, sur le plan linguistique, plusieurs explications ou compréhensions de « DOMOL LEYDI » ont été données avec des variations selon les zones géographiques des locuteurs de la langue peulhe ou fulfuldé parlée au Niger. De par les variations du sens de « DOMOL LEYDI », au sein de la même communauté linguistique, il paraît difficile de trouver une expression qui ferait l’unanimité chez les pulaphones ou fulaphones en raison des variantes dialectales du fulfuldé selon ses zones de répartitions géographiques (SIL International, 2012).
Signification de « DOMOL LEYDI »
À travers l’examen d’un certain nombre de définitions ou d’explications de « DOMOL LEYDI », proposées en fulfuldé, on peut relever une convergence du sens de cette expression qui peut signifier : serviteur du pays ou serviteur de la nation. Donc, Domol = serviteur, Leydi = pays, territoire, nation. Ainsi, l’expression désigne ou renvoie à une personne qui est au service de son pays, souvent avec une connotation de loyauté ou d’engagement envers la communauté.
D’autre part, en ce qui concerne le fulfuldé parlé au Dallol Bayéro, auquel votre serviteur est plus familier, de l’étude linguistique de « DOMOL LEYDI », on tenterait de dégager, sans aucune prétention d’être spécialiste en la matière, une analyse de sa forme syntaxique et morphologique, de son sens (sémantique) et de son usage contextuel, pratique ou pragmatique. Sur ces bases, Domol est un verbe qui signifie garder ou assurer la garde, surveiller et protéger, par extension, une personne, un animal ou une chose.
Quant à Leydi, le mot est un nom ou un substantif qui veut dire ou fait référence au territoire, au pays, à la patrie, au sol ou à l’espace. Leydi veut aussi dire la terre. Donc, simplement traduit, « DOMOL LEYDI » peut être « Défense de la Patrie ou Défendre la Patrie » en faisant, bien sûr, économie d’autres termes.
Dans le même ordre d’idée, on peut aussi penser à des termes Haal Pulaar comme kakkilaki leydi, darrol leydi, dourwanol leydi, dennol ou denka leydi, … Par sa simplicité, Domol Leydi se démarque de ces termes en raison de l’accessibilité de l’expression dans son orthographe, sa lexique ou lexicologie, sa compréhension orale, somme toute, relativement à portée d’un large public de Domoɓe leydi (Défenseurs de la Patrie) dans sa forme discursive.
Ici, il s’agirait de l’avis de l’enseignant de langues face à des apprenants qui cherchent à s’approprier une langue donnée, en application de la théorie du « filtre affectif » (affective filter) du linguiste américain, Stephen Krashen. Celle-ci met l’accent sur les émotions et la personnalité de l’apprenant d’une langue étrangère dans le processus de son acquisition (Krashen, 1981 ; Krashen, 1982). Aussi, faudrait-il mentionner que l’expression « DOMOL LEYDI » cible l’ensemble du Niger et non une communauté donnée et c’est pour cette raison qu’il est judicieux de l’aborder sous l’angle didactique et pédagogique, pourquoi pas vice versa, en rendant son contenu atteignable à tous et à toutes les compatriotes, dans ses composantes nuancées, dites ou non-dites ainsi que dans ses subtilités qui en découlent en terme de registre, connotation et dénotation.
Pourquoi « DOMOL LEYDI » et non autre chose ?
Pour répondre à cette question ou justifier le choix de « DOMOL LEYDI », sans pour autant porter ni la paternité ni la maternité de l’expression, il serait utile de faire un petit rappel historique des noms des opérations militaires marquantes du Niger au cours de ces dernières années. On verrait, alors, que ce ne serait que justice rendue au Niger qu’une nouvelle opération de défense du territoire national prenne son nom à partir d’une autre langue du Niger que celles déjà utilisées, quelle que soit la langue choisie.
C’est un secret de Polichinelle ou encore une redondance de dire que la défense de la patrie concerne tout le monde ; ce n’est pas le moment de tergiverser sur un vocable pour occulter le débat sur la solution au problème d’insécurité qui sévit au Niger. En rappel et ce, à partir d’informations disponibles sur le domaine public, il existe déjà une pléthore d’opérations militaires au Niger qui portent des noms issus de quelques langues du Niger. Elles sont principalement axées sur la lutte contre le terrorisme dans la région du Sahel.
Ci-dessous, examinons les noms des principales opérations militaires nationales ou conjointes identifiées au Niger. Ces opérations sont menées par les Forces Armées Nigériennes (FAN) pour sécuriser le territoire dans son ensemble. Il s’agit de :
-Opération Almahaou : Almahaou signifie « Tourbillon » en langue zarma. C’est l’opération majeure de sécurisation du territoire nigérien, particulièrement active dans la « zone des trois frontières » au Niger, Mali et Burkina Faso (Jeune Afrique, 2022 ; Le Sahel, 2026).
-Opération Niya, qui signifie « Volonté, Intention ou
Détermination » en langue haoussa, a été lancée dans le sud-ouest (région de Tillabéri) pour lutter contre les groupes armées terroristes (Le Sahel, 2022 ; Le Sahel, 2026).
-Opération Shara ou Chara, voulant dire « Nettoyage ou Balayage » en haoussa, est déployée dans la zone nord pour la sécurisation des frontières (ANP, 2023).
-Opération Damissa, qui signifie « Léopard » en haoussa, est présente dans la zone frontalière avec le Nigéria et mène des actions vigoureuses dans la lutte contre l’insécurité dans cette zone (Aconews.net, 2025).
-Opération « Takuba ou Takouba » c’est-à-dire « Épée ou Sabre » en haoussa, zarma, fulfuldé, … C’est une altération ou une déformation du mot Tamajaq « Takoba » qui veut dire l’épée ou le sabre des guerriers Touaregs. L’opération « Takuba » n’aurait jamais été pleinement active au Niger de la même manière qu’au Mali, bien qu’un redéploiement y ait été envisagé et partiellement entamé avant d’être interrompu par les changements politiques dans la région (La coalition pour le Sahel, 2020).
En conclusion, vivement que les prochaines opérations militaires nationales, s’il y a lieu, portent des noms issus des autres langues du Niger non encore utilisées pour désigner une quelconque opération ! Ce serait une manière inclusive de faire participer toute la nation à l’œuvre de sécurisation du pays dans ses dimensions stratégique, socio-culturelle, psychologique, émotionnelle et cette liste n’est pas exhaustive, …
Haala domol leydi none, fidjirde wala !
On ne peut pas s’amuser ou on ne peut pas jouer avec la défense de la patrie !
Par Souley Dounda, Enseignant à la retraite, Maryland, USA


