Lorsqu’on évoque la lutte contre le trafic international de drogue au Sahel, le Niger apparaît aujourd’hui comme l’un des principaux remparts de la région. Cette réalité repose en grande partie sur le travail de l’Office Central de Répression du Trafic Illicite des Stupéfiants (OCRTIS), dont les opérations menées ces dernières années ont permis de neutraliser plusieurs réseaux criminels transnationaux opérant entre l’Amérique latine, l’Afrique de l’Ouest, le Maghreb, le Moyen-Orient et l’Europe.
Le Niger occupe une position géographique particulièrement sensible. Les grandes routes du trafic traversent le Sahel en direction de la Libye et de la Méditerranée. Les rapports de l’Office des Nations Unies contre la Drogue et le Crime (UNODC) indiquent que le Sahel est devenu l’un des principaux corridors de transit de la cocaïne et d’autres stupéfiants vers les marchés internationaux (UNODC, Global Cocaine Report 2023).
Parmi les opérations les plus marquantes figure la saisie historique réalisée à Niamey le 2 mars 2021, lorsque les équipes de l’OCRTIS ont découvert 17 tonnes de résine de cannabis entreposées dans un magasin de la capitale. La cargaison provenait du Liban, avait transité par le port de Lomé avant d’être acheminée vers le Niger avec pour destination finale la Libye. Treize personnes ont été arrêtées dans cette affaire. La valeur de la marchandise illicite a été estimée à plusieurs dizaines de millions de dollars (Le Sahel, mars 2021).
En janvier 2022, une autre opération majeure conduite dans la région d’Agadez a permis la saisie de 214,635 kilogrammes de cocaïne, évalués à plus de 11 milliards de FCFA. Les enquêteurs ont également récupéré 450 000 comprimés de prégabaline, des armes de poing, des véhicules et du matériel de communication satellitaire. L’affaire a connu un fort retentissement international en raison de l’implication présumée de personnalités locales dans le réseau (Reuters, 3 janvier 2022).
Le 25 mai 2026, l’OCRTIS a annoncé à Zinder la saisie record de 268,045 kilogrammes de cocaïne, soigneusement dissimulés dans des compartiments aménagés sous la remorque d’un camion. Les investigations ont permis de reconstituer un itinéraire reliant le Ghana, le Togo, le Bénin, le Nigeria, le Niger puis la Libye. Huit personnes ont été interpellées. Cette cargaison constitue à ce jour l’une des plus importantes saisies de cocaïne jamais réalisées sur le territoire nigérien (Studio Kalangou, mai 2026 ; Le Sahel, mai 2026).
Les investigations ont également établi des liens avec une précédente saisie de 51,7 kilogrammes de cocaïne effectuée à Gaya le 29 septembre 2025, pour une valeur estimée à plus de 2,5 milliards de FCFA. Les enquêteurs nigériens ont ainsi démontré leur capacité à remonter les filières, identifier les commanditaires et suivre les ramifications régionales des organisations criminelles.
Le 9 février 2026, un autre réseau transnational a été démantelé entre Illéla, Tahoua et Niamey. Cette opération a permis la saisie de 800 000 comprimés d’ecstasy, représentant une valeur estimée à près de 8 milliards de FCFA (Agence Nigérienne de Presse, février 2026).
Bien avant ces opérations, l’OCRTIS avait déjà multiplié les coups de filet : 110 000 comprimés de Tramadol saisis à Bitinkodji en 2018, plusieurs réseaux de cannabis démantelés à Niamey en 2020, ainsi que des cargaisons destinées à l’Afrique du Nord et au Moyen-Orient interceptées sur les axes sahéliens (Xinhua, OCRTIS, autorités nigériennes).
Ces résultats traduisent un travail méthodique de renseignement, de surveillance, d’investigation et de coopération internationale mené dans un environnement particulièrement complexe. Les trafiquants utilisent désormais des itinéraires mouvants, des véhicules spécialement aménagés, des téléphones satellitaires et des réseaux financiers sophistiqués. Malgré ces difficultés, les services nigériens continuent d’obtenir des résultats remarquables.
Il convient de saluer le travail efficace et remarquable accompli sous la direction du Commissaire Général de Police Aboubacar Issaka Oumarou, Directeur Général de l’OCRTIS. Plusieurs interventions publiques ont mis en évidence sa parfaite maîtrise des enjeux liés au narcotrafic transnational ainsi que sa volonté de renforcer la coopération avec les partenaires nationaux et internationaux.
Les félicitations méritent également d’être adressées à l’ensemble des officiers, sous-officiers et agents de l’OCRTIS qui, souvent dans la discrétion, conduisent les enquêtes, assurent les filatures, procèdent aux interpellations et sécurisent les saisies. Leur engagement quotidien contribue à protéger la jeunesse nigérienne, à préserver la stabilité nationale et à empêcher que le territoire national ne devienne une plateforme logistique du narcotrafic international.
Cette reconnaissance doit enfin être étendue à la Police Nationale du Niger, institution républicaine qui accomplit avec professionnalisme ses missions de sécurité publique, de protection des citoyens et de défense des intérêts stratégiques du Niger. Les résultats enregistrés par l’OCRTIS démontrent la compétence des femmes et des hommes de la Police nationale ainsi que leur contribution déterminante aux efforts engagés dans le cadre de la Refondation.
Les saisies de 17 tonnes de cannabis, 214,635 kg de cocaïne, 268,045 kg de cocaïne, 800 000 comprimés d’ecstasy et 450 000 comprimés de prégabaline placent aujourd’hui l’OCRTIS parmi les services spécialisés les plus performants de l’espace sahélien dans la lutte contre les trafics internationaux de stupéfiants. Elles témoignent d’une capacité opérationnelle reconnue bien au-delà des frontières du Niger.
Par Ousmane Jazy


